Discours de Barack Obama
Au Caire
4 juin 2009
Je vous remercie. Bonjour à tous. C’est pour moi un honneur de me trouver dans cette ville intemporelle qu’est Le Caire et d’être reçu par deux institutions remarquables. Depuis plus de mille ans, Al Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d’un siècle, l’université du Caire est une source de progrès pour l’Égypte. Ensemble, vous représentez l’harmonie entre la tradition et le progrès. Je vous suis reconnaissant pour votre hospitalité et celle du peuple égyptien. Je suis fier aussi de vous transmettre la bonne volonté du peuple américain et une salutation de paix de la part des communautés musulmanes de mon pays : « Salam aleïkoum. » Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier — tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. Les relations entre l’Islam et l’Occident se caractérisent par des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion. Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations.
En outre, les mutations de grande envergure qui sont nées de la modernité et de la mondialisation ont poussé beaucoup de musulmans à voir dans l’Occident un élément hostile aux traditions de l’Islam. Des extrémistes violents ont exploité ces tensions auprès d’une minorité de musulmans qui, pour être réduite n’en est pas moins puissante. Les attentats du 11 septembre 2001, conjugués à la poursuite des actions violentes engagées par ces extrémistes contre des civils, ont amené certains dans mon pays à juger l’Islam inévitablement hostile non seulement à l’Amérique et aux pays occidentaux, mais aussi aux droits de l’homme. La peur et la méfiance se sont ainsi accentuées. Tant que notre relation restera définie par nos différences, nous donnerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine et non la paix et qui encouragent le conflit au lieu de la coopération qui peut aider nos deux peuples à connaître la justice et la prospérité. C’est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé. Je suis venu ici au Caire en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas et qu’ils n’ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l’Amérique et l’Islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.
Ce faisant, je reconnais que le changement ne se produira pas du jour au lendemain. Il y a eu beaucoup de publicité à propos de mon discours, mais aucun discours ne peut éradiquer des années de méfiance, et dans l’espace de cet après-midi, je n’ai pas la réponse non plus aux questions complexes qui nous ont menés au point où nous sommes maintenant. Mais je suis convaincu que pour aller de l’avant, nous devons dire ouvertement entre nous ce que nous recelons dans notre cœur et que trop souvent nous n’exprimons qu’à huis clos. Nous devons consentir un effort soutenu afin de nous mettre à l’écoute et d’apprendre les uns des autres ; de nous respecter mutuellement et de rechercher un terrain d’entente. Comme le dit le Saint Coran, « Crains Dieu et dis toujours la vérité ». C’est ce que je vais essayer de faire aujourd’hui - de dire la vérité de mon mieux, rendu humble par la tâche qui nous attend et ferme dans ma conviction que les intérêts que nous partageons parce que nous sommes des êtres humains sont beaucoup plus puissants que les forces qui nous séparent. Cette conviction s’enracine en partie dans mon vécu. Je suis chrétien, mais mon père était issu d’une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j’ai passé plusieurs années en Indonésie où j’ai entendu l’appel à la prière (azan) à l’aube et au crépuscule. Jeune homme, j’ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j’ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane.
Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’Islam. C’est l’Islam - dans des lieux tels qu’Al-Azhar —, qui a brandi le flambeau du savoir pendant de nombreux siècles et ouvert la voie à la Renaissance et au siècle des Lumières en Europe. C’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes — c’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes que nous viennent l’algèbre, le compas et les outils de navigation, notre maîtrise de l’écriture et de l’imprimerie, notre compréhension des mécanismes de propagation des maladies et des moyens de les guérir. La culture islamique nous a donné la majesté des arcs et l’élan des flèches de pierre vers le ciel, l’immortalité de la poésie et l’inspiration de la musique, l’élégance de la calligraphie et la sérénité des lieux de contemplation. Et tout au long de l’histoire, l’Islam a donné la preuve, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l’égalité raciale. Je sais aussi que l’Islam a, de tout temps, fait partie de l’histoire de l’Amérique. C’est le Maroc qui fut le premier pays à reconnaître mon pays. En signant le traité de Tripoli en 1796, notre deuxième président, John Adams, nota ceci : « Les États-Unis n’ont aucun caractère hostile aux lois, à la religion ou à la tranquillité des musulmans. » Depuis notre fondation, les musulmans américains enrichissent les États-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servi le gouvernement, pris la défense des droits civils, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, brillé dans le domaine des sports, remporté des prix Nobel, construit notre plus haut immeuble et allumé le flambeau olympique. Et, récemment, le premier Américain musulman qui a été élu au Congrès a fait le serment de défendre notre Constitution sur le Coran que l’un de nos Pères fondateurs, Thomas Jefferson, conservait dans sa bibliothèque personnelle.
J’ai donc connu l’Islam sur trois continents avant de venir dans la région où il a été révélé pour la première fois. Cette expérience guide ma conviction que le partenariat entre l’Amérique et l’Islam doit se fonder sur ce qu’est l’Islam, et non sur ce qu’il n’est pas, et j’estime qu’il est de mon devoir de président des États-Unis de combattre les stéréotypes négatifs de l’Islam où qu’ils se manifestent. Or ce même principe doit s’appliquer à la façon dont l’Amérique est perçue par les musulmans. Tout comme les musulmans ne se résument pas à un stéréotype grossier, l’Amérique n’est pas le stéréotype grossier d’un empire qui n’a d’autre intérêt que le sien. Les États-Unis représentent l’une des plus grandes sources de progrès que le monde ait connues. Nous sommes nés d’une révolution contre un empire ; nous sommes fondés sur l’idéal de l’égalité de tous et nous avons versé notre sang et combattu pendant des siècles pour donner un sens à ces mots - sur notre territoire et à travers le monde. Nous sommes façonnés par chaque culture, issus des quatre coins du monde et acquis à un concept simple : E pluribus unum : « De plusieurs peuples, un seul ». Eh bien, qu’un Américain d’origine africaine et ayant pour nom Barack Hussein Obama ait pu être élu président a fait couler beaucoup d’encre. Mais mon parcours n’est pas unique. Le rêve des chances de réussir ne s’est pas concrétisé pour tous en Amérique, mais cette promesse demeure pour tous ceux qui débarquent sur nos rivages — y compris les près de sept millions de musulmans américains qui vivent aujourd’hui dans notre pays et dont le revenu et le niveau d’éducation, disons-le, sont supérieurs à la moyenne. En outre, la liberté en Amérique est indissociable de celle de pratiquer sa religion. C’est pour cette raison que chaque État de notre union compte au moins une mosquée et qu’on en dénombre plus de mille deux cents sur notre territoire. C’est pour cette raison que le gouvernement des États-Unis a recours aux tribunaux pour protéger le droit des femmes et des filles à porter le hijab et pour punir ceux qui leur contesteraient ce droit.
Le doute n’est pas permis : l’Islam fait bel et bien partie de l’Amérique. Et je suis convaincu que l’Amérique contient en elle la proposition vraie qu’indépendamment de notre race, de notre religion ou de notre condition sociale nous aspirons tous à la même chose - vivre dans la paix et la sécurité ; faire des études et travailler dans la dignité ; aimer notre famille, notre communauté et notre Dieu. C’est cela que nous avons en commun. C’est l’espoir de l’humanité toute entière.Certes, notre tâche commence seulement quand nous avons pris conscience de notre humanité commune. Ce n’est pas par des paroles que nous pouvons répondre aux besoins de nos peuples. Nous ne pourrons les satisfaire qu’à condition d’agir avec audace dans les années à venir et de comprendre que nous nous heurtons à des défis communs et qu’en nous abstenant d’y faire face c’est à nous tous que nous faisons tort. Car nous en avons fait récemment l’expérience : quand le système financier d’un pays particulier s’affaiblit, la prospérité est mise à mal partout. Quand une nouvelle grippe infecte un seul être humain, nous courons tous un risque. Quand un pays particulier tente de se doter d’une arme nucléaire, le risque d’attaque nucléaire augmente dans toutes les nations. Quand des extrémistes violents sévissent dans une certaine région de montagnes, les populations situées par-delà l’océan sont mises en danger. Et quand des innocents en Bosnie et au Darfour sont massacrés, c’est notre conscience collective qui est souillée. Vivre ensemble dans le monde, voilà ce que cela signifie au vingt et unième siècle : c’est la responsabilité que nous avons les uns envers les autres en tant qu’êtres humains. C’est une responsabilité difficile à assumer. Car l’histoire de l’humanité est trop souvent le récit de nations et de tribus - et admettons-le, de religions - qui s’asservissent en visant leur propre intérêt. Mais dans cette ère nouvelle, une telle attitude est autodestructrice. Au vu de notre interdépendance, tout ordre mondial qui élève un pays ou un groupe d’individus au détriment d’un autre est inévitablement voué à l’échec. Quelle que soit notre opinion du passé, nous ne devons pas en être prisonniers. Nous devons régler nos problèmes par le biais du partenariat et partager nos progrès.
Il ne faut pas en conclure que nous devrions faire semblant d’ignorer les sources de tension. C’est l’inverse qui nous est suggéré : nous devons affronter carrément ces tensions. Dans cet esprit, permettez-moi de m’exprimer aussi clairement et aussi simplement que possible sur certaines questions précises auxquelles nous devons maintenant faire face ensemble. La première est celle de l’extrémisme violent sous toutes ses formes. À Ankara, j’ai fait clairement savoir que l’Amérique n’est pas - et ne sera jamais - en guerre contre l’Islam. En revanche, nous affronterons inlassablement les extrémistes violents qui font peser une menace grave sur notre sécurité. Parce que nous rejetons ce que rejettent les gens de toutes confessions : le meurtre d’hommes, de femmes et d’enfants innocents. Et il m’incombe d’abord, en tant que président, de protéger le peuple américain. La situation qui prévaut en Afghanistan illustre les objectifs de l’Amérique et la nécessité de collaborer tous ensemble. Voilà maintenant plus de sept ans, forts d’un large appui de la communauté internationale, les États-Unis ont donné la chasse à El Qaïda et aux talibans. Nous avons agi de la sorte non par choix, mais par nécessité. Je suis conscient que d’aucuns mettent encore en question ou même justifient les événements du 11 Septembre. Mais soyons clairs : El Qaïda a tué près de trois mille personnes ce jour-là. Ses victimes étaient des hommes, des femmes et des enfants innocents, venus d’Amérique et de beaucoup d’autres pays, et qui n’avaient rien fait à personne. Mais El Qaïda a choisi de les tuer sans merci, de revendiquer les attentats et il réaffirme aujourd’hui encore sa détermination à commettre d’autres meurtres à une échelle massive. Ce réseau a des membres dans de nombreux pays et il essaie d’élargir son rayon d’action. Il ne s’agit pas là d’opinions à débattre- ce sont des faits à combattre.
Eh bien, ne vous y trompez pas : nous ne voulons pas laisser nos soldats en Afghanistan. Nous ne cherchons pas à y établir des bases militaires. Il est douloureux pour l’Amérique de perdre ses jeunes gens et ses jeunes femmes. La poursuite de ce conflit s’avère coûteuse et politiquement difficile. Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu’au dernier, si nous avions l’assurance que l’Afghanistan, et maintenant le Pakistan, n’abritaient pas d’éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains. Mais ce n’est pas encore le cas. C’est pourquoi nous œuvrons en partenariat avec une coalition de 46 pays. Malgré les coûts en cause, la volonté de l’Amérique ne va pas fléchir. Assurément, aucun d’entre nous ne doit tolérer ces éléments extrémistes. Ils ont fait des morts dans beaucoup de pays. Ils ont tué des gens de toutes religions - et surtout des musulmans. Leurs actions sont inconciliables avec les droits de l’homme, le progrès des nations et l’Islam. lll Le Saint Coran nous enseigne que quiconque tue un innocent tue l’humanité toute entière, et que quiconque sauve quelqu’un, sauve l’humanité toute entière. La foi enracinée de plus d’un milliard d’habitants de la planète est tellement plus vaste que la haine étroite de quelques-uns. Quand il s’agit de combattre l’extrémisme violent, l’Islam ne fait pas partie du problème - il constitue une partie importante de la marche vers la paix. Nous savons en outre que la puissance militaire ne va pas à elle seule résoudre les problèmes qui se posent en Afghanistan et au Pakistan. C’est pour cette raison que nous comptons investir 1,5 milliard de dollars par an, au cours des cinq prochaines années, dans la construction d’écoles et d’hôpitaux, de routes et d’entreprises, en partenariat avec les Pakistanais, ainsi que des centaines de millions de dollars pour venir en aide aux personnes déplacées.
C’est pour cette raison encore que nous fournissons plus de 2,8 milliards de dollars aux Afghans afin de les aider à développer leur économie et à prodiguer les services dont la population a besoin. Je voudrais aussi aborder le dossier de l’Irak. Contrairement à la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak est le résultat d’un choix, lequel a provoqué des différences marquées dans mon pays et à travers le monde. Tout en étant convaincu que le peuple irakien a gagné au bout du compte à être libéré de la tyrannie de Saddam Hussein, je crois aussi que les événements en Irak ont rappelé à l’Amérique la nécessité de recourir à la diplomatie et de construire un consensus international pour résoudre ses problèmes à chaque fois que c’est possible. De fait, nous avons en mémoire les propos de Thomas Jefferson, qui disait ceci : « J’espère que notre sagesse grandira avec notre puissance et qu’elle nous enseignera que moins nous utiliserons cette dernière, plus elle fera de l’effet. » Aujourd’hui, l’Amérique possède une double responsabilité : aider l’Irak à se forger un avenir meilleur et laisser l’Irak aux Irakiens. J’ai fait clairement savoir au peuple irakien que nous ne cherchons nullement à établir des bases en Irak ni à revendiquer son territoire ou ses ressources. La souveraineté de l’Irak appartient à l’Irak. C’est pour cette raison que j’ai ordonné le retrait de nos brigades de combat d’ici au mois d’août de l’année prochaine. C’est pour cette raison que nous allons honorer l’accord que nous avons conclu avec le gouvernement irakien, élu démocratiquement, concernant le retrait de nos troupes de combat des villes irakiennes d’ici au mois de juillet et de toutes nos troupes du territoire irakien d’ici à 2012. Nous aiderons l’Irak à former ses forces de sécurité et à développer son économie. Mais c’est en tant que partenaires, et jamais en tant que protecteurs, que nous apporterons notre appui à un Irak sécurisé et uni. Enfin, tout comme l’Amérique ne tolérera jamais la violence des extrémistes, elle ne doit jamais altérer ni oublier ses principes.
Les événements du 11 Septembre ont infligé un traumatisme considérable à notre pays. La peur et la colère qu’ils ont provoquées sont compréhensibles, mais dans certains cas ces sentiments nous ont conduits à agir de manière contraire à nos traditions et à nos idéaux. Nous prenons maintenant des mesures concrètes pour rectifier cette situation. J’ai interdit sans équivoque l’usage de la torture par les États-Unis et j’ai ordonné la fermeture de la prison à Guantanamo Bay d’ici au début de l’année prochaine. L’Amérique va donc se défendre, dans le respect de la souveraineté des nations et de la primauté du droit. Et nous agirons en ce sens en partenariat avec les communautés musulmanes qui sont elles aussi menacées. Plus vite les extrémistes seront isolés et malvenus dans les communautés musulmanes, plus vite nous connaîtrons tous une sécurité accrue. La deuxième grande source de tension que nous devons aborder concerne la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe. Les liens solides qui unissent l’Amérique à Israël sont bien connus. Cette relation est immuable. Elle se fonde sur des liens culturels et historiques et sur la reconnaissance du fait que l’aspiration à un territoire juif est ancré dans un passé tragique indéniable. À travers le monde, le peuple juif a été persécuté pendant des siècles et l’antisémitisme en Europe a atteint son paroxysme avec un holocauste sans précédent. Demain, je me rendrai à Buchenwald, qui faisait partie d’un réseau de camps où des Juifs étaient réduits à l’esclavage, torturés, abattus et envoyés aux chambres à gaz par le troisième Reich. Six millions de Juifs ont été tués — soit un nombre supérieur à celui de toute la population juive d’Israël aujourd’hui. Il est injustifié, ignorant et odieux de nier ce fait. Il est profondément injuste de menacer Israël de destruction, ou répéter de vils stéréotypes sur les Juifs et cela ne sert qu’à évoquer dans l’esprit des Israéliens cette page la plus douloureuse de leur passé et à empêcher de prendre racine la paix à laquelle ont droit les habitants de cette région.
Ceci dit, il est également indéniable que le peuple palestinien, qui regroupe des musulmans et des chrétiens, a souffert en quête d’un territoire. Depuis plus de soixante ans, il connaît la douleur de la dislocation. Beaucoup attendent dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, à Gaza et dans des terres voisines de connaître une vie de paix et de sécurité à laquelle ils n’ont jamais eu le droit de goûter. Ils subissent au quotidien les humiliations - grandes et petites - qui accompagnent l’occupation. Il n’est pas permis d’en dou- ter : la situation du peuple palestinien est intolérable. L’Amérique ne tournera pas le dos à l’aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un État à lui. Depuis des dizaines d’années, une impasse persiste : deux peuples aux aspirations légitimes, chacun marqué par un passé douloureux qui rend un compromis insaisissable. Il est aisé de pointer un doigt accusateur : les Palestiniens peuvent attirer l’attention sur la dislocation consécutive à la fondation d’Israël, et les Israéliens peuvent dénoncer l’hostilité et les attaques dont le pays a de tout temps fait l’objet à l’intérieur même de ses frontières et par-delà. Mais si nous examinons ce conflit à travers le prisme de l’une ou de l’autre partie, nos œillères nous cacheront la vérité : la seule résolution consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres en créant deux États, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité. C’est dans l’intérêt d’Israël, dans l’intérêt de la Palestine, dans l’intérêt de l’Amérique, dans l’intérêt du monde. C’est pourquoi je compte personnellement poursuivre un tel aboutissement avec toute la patience et le dévouement qu’exige cette tâche. Les obligations qu’ont acceptées les parties en vertu de la Feuille de route sont claires. Pour que règne la paix, il est temps que les parties - et que nous tous -se montrent à la hauteur de leurs responsabilités.
Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacres n’aboutira pas. Les Noirs en Amérique ont souffert du fouet quand ils étaient esclaves et de l’humiliation de la ségrégation. Mais ce ne fut pas la violence qui leur a finalement permis d’obtenir l’égalité des droits dans son intégrité. Ce fut la persévérance ferme et pacifique pour les idéaux au cœur même de la création de l’Amérique. Cette même histoire peut être racontée par des peuples de l’Afrique du Sud à l’Asie du Sud ; de l’Europe de l’Est à l’Indonésie. C’est une histoire avec une simple vérité : la violence ne mène nulle part. Lancer des roquettes contre des enfants israéliens endormis ou tuer des vieilles femmes dans un autobus, n’est pas un signe de courage ni de force. Ce n’est pas de cette manière que l’on revendique l’autorité morale ; c’est ainsi qu’on l’abdique. Le moment est maintenant venu pour les Palestiniens de se concentrer sur ce qu’ils peuvent bâtir. L’Autorité palestinienne doit développer ses capacités de gouverner avec des institutions qui répondent aux besoins de son peuple. Hamas jouit du soutien de certains Palestiniens, mais il doit aussi reconnaître ses responsabilités. Il doit jouer un rôle pour réaliser les aspirations des Palestiniens et unir le peuple palestinien. Hamas doit mettre fin à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit à l’existence d’Israël. En même temps, Israël doit reconnaître que tout comme le droit à l’existence d’Israël ne peut être nié, il en est de même pour la Palestine. Les États-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes. Ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix. Le moment est venu pour que ces colonies cessent.
Israël doit aussi honorer ses obligations et assurer que les Palestiniens puissent vivre, travailler et développer leur société. Tout comme elle ravage les familles palestiniennes, la continuation de la crise humanitaire à Gaza ne sert pas à promouvoir la sécurité d’Israël, l’absence persistante de chances de réussite en Cisjordanie non plus. Des améliorations dans la vie de tous les jours du peuple palestinien doivent constituer une partie cruciale de la Feuille de route pour la paix. Enfin, les États arabes doivent reconnaître que l’initiative arabe de paix a été un début important, mais non la fin de leurs responsabilités. Le conflit israélo-arabe ne devrait plus être utilisé pour distraire les populations des États arabes des autres problèmes. Il doit au contraire servir de raison pour aider les populations palestiniennes à développer les institutions qui permettront d’asseoir leur État ; à reconnaître la légitimité d’Israël et à opter pour le progrès au lieu de se polariser de manière autodestructive sur le passé. L’Amérique alignera ses politiques avec ceux qui veulent la paix. Nous dirons en public ce que nous dirons en privé aux Israéliens, aux Palestiniens et aux Arabes. Nous ne pouvons pas imposer la paix. Mais en privé, de nombreux Musulmans reconnaissent qu’Israël ne disparaîtra pas ; de même, de nombreux Israéliens reconnaissent la nécessité d’un État palestinien. Le moment est venu de prendre une initiative, sur ce que tous savent être vrai. Trop de larmes ont coulé. Trop de sang a été versé. Nous avons tous la responsabilité d’œuvrer pour le jour où les mères d’Israéliens et de Palestiniens pourront voir leurs enfants grandir sans peur ; où la terre sainte de trois grandes religions sera ce lieu de paix que Dieu avait voulu ; où Jérusalem sera un lieu de résidence sûr et permanent pour les Juifs, les chrétiens et les musulmans et un lieu où tous les enfants d’Abraham pourront se côtoyer dans la paix comme dans l’histoire d’Israh, - comme dans l’histoire d’Israh, de Moïse, de Jésus et de Mohammed (que la paix soit avec eux) unis dans la prière.
La troisième source de tension est nos intérêts en commun à l’égard des droits et des responsabilités des États concernant les armes nucléaires. Cette question a constitué une source de tension entre les États-Unis et la République islamique d’Iran. Pendant de nombreuses années, l’Iran s’est défini en partie par son opposition à mon pays et il existe en effet un passé tumultueux entre nos deux pays. En pleine guerre froide, les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu. Depuis la révolution islamique, l’Iran a joué un rôle dans la prise d’otages et dans des actes de violence à l’encontre des troupes et des civils américains. Cette histoire est bien connue. Plutôt que de rester emprisonné du passé, j’ai dit clairement au peuple et aux dirigeants iraniens que mon pays est prêt à aller de l’avant. La question qui se pose maintenant n’est pas de savoir à quoi l’Iran s’oppose, mais plutôt quel est l’avenir qu’il souhaite bâtir. Je comprends qu’il sera difficile de surmonter des décennies de méfiance, mais nous allons procéder avec courage, rectitude et fermeté. Il y aura de nombreux problèmes à examiner entre nos deux pays et nous sommes disposés à aller de l’avant sans conditions préalables, sur la base d’un respect mutuel. Mais il est clair pour tous ceux préoccupés par les armes nucléaires que nous sommes arrivés à un tournant décisif. Ce n’est pas simplement dans l’intérêt des États-Unis, c’est pour empêcher une course aux armes nucléaires susceptible d’entraîner cette région sur une voie extrêmement dangereuse. Je comprends ceux qui protestent contre le fait que certains pays possèdent des armes que d’autres ne possèdent pas. Aucun État ne devrait décider et choisir qui sont les pays à avoir des armes nucléaires. C’est pourquoi je réaffirme fermement l’engagement de l’Amérique à vouloir un monde dans lequel aucun pays ne possède d’armes nucléaires. Et chaque pays, y compris l’Iran, devrait avoir le droit d’avoir accès à l’énergie nucléaire pacifique s’il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. Cet engagement est au cœur du Traité et il doit être pris par tous ceux qui y souscrivent pleinement. J’espère que tous les pays de la région pourront partager cet objectif.
Le quatrième point je vais aborder est la démocratie. (Applaudissements)
Je sais - je sais qu'il y a eu une polémique, au cours des récentes années, au sujet de la promotion de la démocratie et qu'une grande partie de cette controverse est liée à la guerre en Irak. Par conséquent, permettez-moi de le dire clairement : aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre.
Toutefois, cela ne diminue pas mon engagement à l'égard des gouvernements qui reflètent la volonté du peuple. Chaque nation donne naissance à ce principe de sa propre manière, en fonction des traditions de son propre peuple. L'Amérique ne prétend pas savoir ce qui est le mieux pour tout et chacun, tout comme nous ne voudrions pas prétendre décider des résultats d'une élection pacifique. Mais j'ai la ferme conviction que tous les peuples aspirent à certaines choses : la possibilité de s'exprimer et d'avoir une voix dans la façon dont ils sont gouvernés ; la confiance en l'État de droit et l'application équitable de la justice ; un gouvernement qui est transparent et qui ne vole pas ce qui appartient à son peuple ; la liberté de vivre selon leur choix. Il ne s'agit pas simplement d'idéaux américains, il s'agit des droits de l'homme et c'est pourquoi nous les encouragerons dans le monde entier. (Applaudissements)
C'est vrai, il n'y a pas de route directe pour honorer cette promesse. Mais une chose est claire les gouvernements qui défendent ces droits sont à terme plus stables, meilleurs et plus en sécurité. La suppression des idées ne réussit jamais à les éliminer. L'Amérique respecte la liberté d'expression de tous ceux, dans le monde entier, qui sont pacifiques et respectueux de la loi, même si nous ne sommes pas d'accord avec eux. Nous accueillerons tous les gouvernements élus pacifiques - à condition qu'ils gouvernent en respectant toutes leurs populations.
Ce point est important car il y a ceux qui encouragent la démocratie uniquement lorsqu'ils ne sont pas au pouvoir ; et une fois au pouvoir ils sont sans scrupules dans la suppression des droits d'autrui. (Applaudissements) Quel que soit là où il prend forme, le gouvernement du peuple et par le peuple est le seul étalon par lequel on mesure tous ceux qui sont au pouvoir : il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non la coercition ; il faut respecter les droits des minorités et participer, dans un esprit de tolérance et de compromis ; il faut mettre les intérêts du peuple et le déroulement légitime du processus politique avant ceux de son parti. Sans ces ingrédients, les élections ne créent pas une vraie démocratie à elles seules.
Un membre du public : Barack Obama, on vous aime !
Président Obama : Je vous remercie. (Applaudissements) Le cinquième point que nous allons aborder ensemble est celui de la liberté de religion.
L'Islam a une tradition de tolérance dont il est fier. Nous le constatons dans l'histoire de l'Andalousie et de Cordoue pendant l'Inquisition. Je l'ai constaté de première main pendant mon enfance en Indonésie, où des Chrétiens dévots pratiquaient ouvertement leur religion dans un pays à prépondérance musulmane. C'est cet esprit qu'il nous faut aujourd'hui. Les habitants de tous les pays doivent être libres de choisir et de vivre leur religion d'après leur conviction d'esprit, de coeur et d'âme. Cette tolérance est essentielle pour que la religion puisse s'épanouir, or elle est assaillie de plusieurs façons différentes.
Parmi certains musulmans, on constate que certains ont malheureusement tendance à mesurer leur propre croyance à l'aune du rejet des croyances d'autrui. Il faut soutenir la richesse de la diversité religieuse, que ce soit pour les Maronites au Liban ou les Coptes en Égypte . (Applaudissements) Et pour être francs, il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak.
La liberté de religion joue un rôle crucial pour permettre aux gens de vivre en harmonie. Nous devons toujours examiner les façons dont nous la protégeons. Aux États-Unis, par exemple, les musulmans ont plus de mal à s'acquitter de l'obligation religieuse de la zakat étant donné les règles relatives aux dons de bienfaisance. C'est pour cette raison que je suis résolu à oeuvrer avec les musulmans américains pour leur permettre de s'acquitter de la zakat.
De même, il importe que les pays occidentaux évitent d'empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu'une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.
De fait, la foi devrait nous unir. C'est pour cette raison que nous sommes en train de créer de nouveaux programmes de service communautaire en Amérique qui réunissent des chrétiens, des musulmans et des juifs. C'est également pour cette raison que nous nous réjouissons des initiatives telles que le dialogue interreligieux du roi Abdallah d'Arabie Saoudite et le leadership de la Turquie dans l'Alliance des civilisations. À travers le monde, nous pouvons transformer le dialogue en un service interreligieux de sorte que les ponts entre les êtres humains mènent à des actions en faveur de notre humanité commune, que ce soit pour lutter contre le paludisme en Afrique ou pour fournir des secours après une catastrophe naturelle.
La sixième question - la sixième question dont je veux parler porte sur les droits des femmes.
(Applaudissements) Je sais - je sais, et vous pouvez le voir d'après ce public - que cette question suscite un sain débat. Je rejette l'opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d'une façon ou d'une autre moins égale, mais j'ai la conviction qu'une femme que l'on prive d'éducation est privée d'égalité. (Applaudissements) Et ce n'est pas une coïncidence si les pays dans lesquels les femmes reçoivent une bonne éducation connaissent bien plus probablement la prospérité.
Je tiens à préciser une chose : les questions relatives à l'égalité des femmes ne sont absolument pas un sujet qui concerne uniquement l'Islam. En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l'égalité des femmes continue dans beaucoup d'aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.
Je suis convaincu que nos filles peuvent offrir une contribution à la société tout aussi importante que nos fils (Applaudissements)et que notre prospérité commune sera favorisée si nous utilisons les talents de toute l'humanité, hommes et femmes. Je ne crois pas que les femmes doivent faire les mêmes choix que les hommes pour assurer leur égalité, et je respecte celles qui choisissent de suivre un rôle traditionnel. Mais cela devrait être leur choix. C'est pour cela que les États-Unis oeuvreront en partenariat avec tout pays à majorité musulmane pour améliorer l'alphabétisation des filles. Nous aiderons aussi les jeunes femmes à faire la transition de l'école au monde du travail par l'intermédiaire du microfinancement qui permet aux gens de réaliser leurs rêves. (Applaudissements)
Finalement, je veux parler de notre intérêt commun à favoriser le développement et les opportunités économiques.
Je sais que pour beaucoup, la mondialisation présente des aspects contradictoires. Internet et la télévision peuvent transmettre dans les foyers des connaissances et des informations, mais également une sexualité vulgaire et une violence gratuite. Le commerce peut s'accompagner de nouvelles richesses et opportunités, mais aussi de grands bouleversements et de changements au niveau communautaire. Dans tous les pays, y compris en Amérique, ce changement provoque la peur. La peur que la modernité signifie la perte du contrôle de nos choix économiques, de nos décisions politiques et, il s'agit d'un élément encore plus important, de notre identité, c'est-à-dire des choses qui nous attachent à notre communauté, notre famille et notre foi.
Mais je sais aussi qu'on ne peut pas empêcher le progrès humain. Le développement et la tradition ne sont pas nécessairement contradictoires. Des pays comme le Japon et la Corée du Sud ont connu une prodigieuse croissance économique tout en conservant leur culture distincte. Il en va de même pour les progrès remarquables au sein de pays à majorité musulmane, de Kuala Lumpur à Dubaï. Par le passé et de nos jours, les communautés musulmanes ont été à la pointe de l'innovation et de l'éducation.
Ceci est important car aucune stratégie de développement ne peut se fonder uniquement sur ce que produit la terre et elle ne peut être durable si les jeunes n'ont pas de travail. De nombreux pays du Golfe se sont énormément enrichis grâce au pétrole et certains commencent à concentrer leurs ressources sur le développement plus large. Mais nous devons tous garder à l'esprit que l'éducation et l'innovation seront la monnaie d'échange du 21e siècle. (Applaudissements) Dans trop de communautés musulmanes, le sous-investissement en ces domaines persiste. J'attire l'attention sur cette réalité dans mon propre pays. Et à la différence du passé pendant lequel l'Amérique se concentrait sur le pétrole et le gaz, s'agissant de cette partie du monde, nous chercherons désormais à agir dans des domaines plus variés.
Dans le domaine de l'éducation, nous allons élargir les programmes d'échange et augmenter les bourses, comme celle qui a permis à mon père de venir en Amérique, (Applaudissements) tout en encourageant davantage d'Américains à étudier dans des communautés musulmanes. Nous offrirons à des étudiants musulmans prometteurs des stages aux États-Unis ; nous investirons dans l'enseignement en ligne destiné aux enseignants et aux enfants à travers le monde ; et nous créerons un nouveau réseau informatique qui permettra à un jeune du Kansas de communiquer instantanément avec un jeune du Caire.
Dans le domaine du développement économique, nous créerons un nouveau corps de volontaires des milieux d'affaires qui formeront des partenariats avec des homologues de pays à majorité musulmane. Je vais aussi accueillir un Sommet sur l'entrepreneuriat cette année pour trouver les moyens d'approfondir les liens entre les leaders du monde des affaires, les fondations et les entrepreneurs sociaux des États-Unis et des communautés musulmanes à travers le monde.
Dans le domaine des sciences et des technologies, nous établirons un nouveau fonds pour appuyer le développement technologique dans les pays à majorité musulmane et pour
aider à concrétiser commercialement des idées pour qu'elles créent des emplois. Nous ouvrirons des centres d'excellence scientifiques en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, et nous nommerons de nouveaux émissaires pour les sciences chargés de collaborer à des programmes qui mettront au point de nouvelles sources d'énergie, créeront des emplois verts, numériseront les registres et archives, purifieront l'eau et produiront de nouvelles cultures. Dans le domaine de la santé au niveau mondial, j'annonce aujourd'hui une nouvelle initiative avec l'Organisation de la conférence islamique pour éradiquer la polio et nous intensifierons nos partenariats avec des communautés musulmanes pour améliorer la santé maternelle et infantile.
Tout cela doit être accompli en partenariat. Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d'aider nos populations à améliorer leur vie.
Il ne sera pas facile de régler les questions dont je viens de parler. Mais nous avons la responsabilité de nous unir pour réaliser le monde auquel nous aspirons, un monde où les extrémistes ne menacent plus notre pays et où les soldats américains sont rentrés chez eux, un monde où les Palestiniens et les Israéliens vivent chacun en sécurité dans un État qui leur est propre et où l'énergie nucléaire est utilisée à des fins pacifiques, un monde où les gouvernements servent les intérêts de leurs citoyens et où les droits de tous les enfants de Dieu sont respectés. Tel est le monde auquel nous aspirons et nous n'y parviendrons qu'ensemble.
Je sais qu'un grand nombre de gens - musulmans et non musulmans - se demandent si nous arriverons vraiment à prendre ce nouveau départ. Certains veulent attiser les flammes de la division et entraver le progrès. Certains suggèrent que ça ne vaut pas la peine ; ils avancent qu'il y aura fatalement des désaccords et que les civilisations finissent toujours par s'affronter. Beaucoup plus ont tout simplement des doutes. Il y a tellement de peur, tellement de méfiance qui se sont accumulées avec les ans. Mais si nous choisissons de nous laisser enchaîner par le passé, nous n'irons jamais de l'avant. [ Je veux particulièrement le déclarer aux jeunes de toutes les fois et de tous les pays, plus que quiconque, vous avez la possibilité de ré-imaginer le monde, de refaire le monde.
Nous partageons tous cette planète pendant un court instant. À nous de décider si nous passons ce temps à nous concentrer sur ce qui nous sépare ou si nous nous engageons à faire ce qu'il faut - de façon soutenue - pour trouver un terrain d'entente, pour nous concentrer sur l'avenir que nous désirons pour nos enfants, et pour respecter la dignité de tous les êtres humains.
Tout ceci n'est pas simple. Il est plus facile de se lancer dans une guerre que de faire la paix. Il est plus facile de blamer autrui que de s'examiner soi-même ; il est plus facile de voir ce qui nous distingue, plutôt que ce que nous avons en commun. Mais il faut choisir le bon chemin, et non le plus facile. Il y a une règle essentielle qui sous-tend toutes les religions : celle de traiter les autres comme nous aimerions être traités. Cette vérité transcende les nations et les peuples. C'est une croyance qui n'est pas nouvelle, qui n'est ni noire ni blanche ni basanée, qui n'est ni chrétienne ni musulmane ni juive. C'est une foi qui a animé le berceau de la civilisation et qui bat encore dans le coeur de milliards d'êtres humains. C'est la foi dans autrui et c'est ce qui m'a mené ici aujourd'hui.
Nous avons le pouvoir de construire le monde auquel nous aspirons, mais seulement si nous avons le courage de prendre un nouveau départ, en gardant à l'esprit ce qui a été écrit.
Le Saint Coran nous dit: 'Ô hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez."
Le Talmud nous dit : " Toute la Torah a pour objectif de promouvoir la paix. "
La Bible nous dit : " Bienheureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu. "
Les habitants du monde peuvent cohabiter en paix. Nous savons que telle est la vision de Dieu. C'est maintenant notre tâche sur cette Terre. Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous. Je vous remercie. Je vous remercie. (Applaudissements)
Résumé de la conférence :
Stendhal, qui a rencontré Delacroix en 1823, est cité par Baudelaire dans les écrits où le poète critique d’art essaie, dès 1846, de cerner la « modernité » et « la vie moderne ». Delacroix mentionne Stendhal dans son Journal et se plaît à rappeler son conseil : « Ne négligez rien de ce qui peut vous faire grand ! » Baudelaire emprunte au « romanticisme » stendhalien, en même temps qu’il place Delacroix en tête d’un mouvement où romantisme et modernité viendraient à coïncider. Ce sont ces rencontres d’artistes, d’époques, de tons de voix et d’intentions éthiques ou esthétiques qu’on tentera de comprendre et d’interpréter entre romantisme et modernité – c’est-à-dire entre 1823 (Stendhal publie le premier Racine et Shakespeare) et 1863 (publication de l’article nécrologique de Delacroix par Baudelaire).
UN REVE TUNISIEN, par Mohamed Kacimi
Quand lʼavion de Paris, où il pleuvait, sʼest posé à Tunis, jʼai regardé le ciel bleu et je me suis dit « Quel beau pays ». Il y avait foule devant les guichets de la police des frontières. Un homme très distingué, en costume bleu et cravate rouge, est venu discrètement vers moi :
- Non, Monsieur Kacimi, vous êtes lʼinvité officiel de la foire internationale du Livre à Tunis, vous nʼallez pas faire la queue comme tout le monde, suivez-moi.
Il a pris mon passeport. Les policiers mʼont fait de loin un sourire. Je me suis dit :
- Quelle classe cette police tunisienne, ça se voit que je ne suis pas au Terminal 3 de Roissy. Devant lʼaéroport mʼattendait une Laguna noire. Le chauffeur mʼa ouvert la portière arrière. Je me suis installé sur la banquette en cuir. La Laguna mʼa déposé devant lʼhôtel Africa un 5 étoiles. Jʼai eu la chambre 18/9 au 18ème étage. De la chambre vaste comme le salon au fond du lac de Rimbaud, je pouvais contempler la médina blanche et bleue de Tunis, voir au loin les ruines de Carthage et même sentir le parfum qui monte des terrasses incandescentes de Sidi Bou Saïd. Au milieu de la nuit, en prêtant bien lʼoreille, on peut même entendre la plume dʼoie de Flaubert raturer avec rage les manuscrits de Salammbô. J ʻai pensé alors à la chambre de lʼhôtel Aletti à Alger où je me trouvais la semaine dernière. Ce joyau de lʼarchitecture des années trente ressemble désormais à un café maure. Sur les murs décrépis de la chambre qui donne sur la mer, des cafards ventripotents et adipeux dansent jour et nuit sur la musique du Lac des Cygnes que diffusent depuis le 19 mars 1962 les hauts parleurs cacochymes du palace en déchéance.
Je me suis dit : Quels barbares ces Algériens.
A vingt heures, alors que je regardais ébahi de ma fenêtre le soleil se coucher sur des jasmins en rut, le téléphone a sonné :
- Monsieur Kacimi, le Ministère de la Culture, a le plaisir de vous informer que vous avez table ouverte
dans tous les restaurants gastronomiques du Palace.
Jʼai passé la soirée à courir dʼun restaurant à lʼautre, hésitant entre Gambas flambés à la Veuve Clicquot et les langoustes impériales saisies à lʼanis selon la recette de Sfax, entre
suprême de Mérou sur coulis dʼasperges et de morilles ; et médaillons de lotte nappés dʼun voile dʼabricots à la façon de St Augustin, avant de me rabattre sur un fondant au
chocolat.
Je me suis souvenu alors de cette soirée à Salon de Provence où lʼon mʼavait offert, en guise de dîner, un morceau de pizza surgelée de chez Leader Price. Je me suis dit : quels mesquins ces Français ! Ces tables tristes en fin de soirées macabres où trône une bouteille de kir, un fond de vin blanc et des cacahuètes servies au compte-goutte dans un bol en plastique orné de motif chinois. Ce nʼest pas lʼanglais qui menace la culture française mais la misère…
Le lendemain, une charmante gazelle tunisienne mʼa apporté dans la chambre un déjeuner continental. En Tunisie, toutes les femmes sont appelées gazelles et les hommes des gazous.
En bon gazou, jʼai plongé dans la baignoire aussi vaste que mon appartement parisien. Et là je me suis souvenu de la douche froide à lʼAletti. Je mʼétais plaint de lʼabsence dʼeau chaude, le réceptionniste de lʼhôtel m'a répondu à l'algérienne :
- Mon frère, si tu tiens à prendre un bain, tu vas en face, il y a un hammam qui vient juste dʼouvrir, tiens je te paye même la séance. Il m'a lancé un billet de 500 dinars au visage.
Le soir, je suis sorti me promener avenue Bourguiba, ébahi par toutes ces jeunes filles en jeans et lunettes Prada, les cheveux au vent qui disent lʼimmense, que dis-je, lʼinfinie liberté des femmes tunisiennes.
Jʼétais aussi sidéré par les affiches collées sur les devantures des grandes librairies, avec ma photo en couleur et surtout la couverture de « lʼOrient après lʼamour » avec cette fameuse femme à poil, les jambes en lʼair quʼActes Sud mʼa refilé un jour, amoureusement et en douce, comme une MST.
Jʼai regardé la couverture et je me suis dit : quels ignorants ces algériens ! Je me suis souvenu que durant la foire du Livre à Alger au mois de septembre dernier lʼOrient après lʼamour avait été saisi par la police religieuse qui avait mis sous scellé également « la Bible pour Windows », avec cette étiquette « attention contient livre religieux de prosélytisme chrétien, dangereux, ne pas ouvrir ».
La voix douce de lʼhôtesse du Ministère de la Culture mʼa arraché de nouveau à mes rêveries :
- Monsieur Kacimi, une voiture vous attend pour vous faire découvrir Sidi Bou Saïd.
- Je connais, le café des nattes, le thé la menthe, les cendriers en cuivre !
- Non, Monsieur Kacimi, vous verrez Sidi Bou comme vous ne lʼavez jamais vu.
Je me suis enfoncé de nouveau sur la banquette arrière de la Laguna. Et pendant quʼelle filait vers la mer, je regardais les milliers de panneaux, affiches, banderoles, fresques, oriflammes, à lʼeffigie du président du pays et qui ornent la moindre parcelle du pays. La photo de Ben Ali couvre la Tunisie comme lʼherbe recouvre le pays de Caux et la pluie le pays de Bray. Il est partout en costume blanc, noir, les cheveux soigneusement ripolinés en laque majeure noire. Il a la main sur le coeur et il sourit. Des slogans en arabe classique commentent : « La Tunisie est heureuse avec toi, le peuple tunisien te suivra jusquʼau bout, ô bien aimé tu nous montres le droit chemin, avec toi jusquʼau bout. »
Jʼai eu une pensée émue pour ce type, pour son sourire, pour la sérénité quʼil inspire à ce pays si serein. Je me suis dit quʼheureusement la voiture nʼallait quʼà Sidi Bou, car si elle devait mʼemmener jusquʼà Sfax ou Gafsa, jʼaurais pris ma carte du RCD au bout du périple. La baie de Sidibou est lʼun des plus beaux endroits de la planète. Il tombe du ciel une lumière indigo qui vous pénètre jusquʼà lʼos. Le café des nattes, toujours bourré à craquer, fait penser au ferry Boat du vieux Port que les Marseillais appellent affectueusement le « promène couillons ».
Dans les rues blanches et inondées de bougainvilliers, des policiers vêtus de bleu aussi, font des cartons sur les chats dont la cervelle explose sur les murs fraîchement passés à la chaux. Jʼappelle un ami qui habite la sublime bourgade et qui mʼapprend quʼil y a une semaine, un chat de gouttière sʼest glissé dans les cuisines du palais présidentiel à Sidi Bou et se serait sauvé avec un gigot dʼagneau. Ordre a été donné de faire disparaître de la carte locale tous les représentants de la race canine. Mon ami mʼa assuré quʼil a surpris dans son jardin un flic qui visait sa chatte siamoise, à peine âgée de 23 jours. Il a voulu la sauver mais le policier lui a répondu en le visant à la tête :
- Cʼest vous ou le chatte, choisissez !
Mon ami mʼa confié qu'il a longuement réfléchi avant de donner sa réponse.
Une odeur de jasmin embaume les hauteurs. Des cars « Nouvelles frontières » lâchent des grappes de touristes venus de Dordogne. Ils se ruent sur les tables des marchands ambulants. Chaque femme dit à son homme : « Nʼoublie pas, avec les Arabes tu divises toujours le prix par deux, il te dit 10 tu dis cinq ». 5 minutes plus tard, 500 touristes remontent dans 10 bus, ils ont tous à la main le même cendrier bleu et blanc payé, après marchandage, à 5 euros.
Mon chauffeur mʼa déposé à lʼAfrica. Sans doute angoissé par tant dʼallégresse, jʼai cherché à avoir des nouvelles du monde. Jʼai tapé le site de Libé, mais je suis tombé sur ce message, Not Found. Idem pour les autres publications de gauche, de Marianne à Bakchich. Quand aux quotidiens algériens, le serveur vous avise quʼil sʼagit dʼune erreur 404. Fidèle à la tradition et à lʼauthenticité, comme on dit, la Tunisie a innové en faisant faire à tous les mails le parcours que faisaient les cartes postales d'antan. Quand vous envoyez un mail de Tunis le lundi, il ne sera déposé dans la boîte de votre correspondant à Paris que le vendredi ou le samedi, cela dépend du travail au centre de tri des mails à Tunis et des heures de passage du facteur. Bientôt il y aura les cachets de la poste centrale sur les mails partis depuis le pays des jasmins et on achètera même des timbres à lʼeffigie du leader avant dʼaller sur MSN.
Je me suis rabattu alors sur la presse tunisienne. Un orgasme à lʼétat pur. A chaque page la photo du leader ou de sa femme souriants. Les titres sont édifiants : Sérénité, joie, allégresse, enthousiasme. La presse tunisienne a pour rédacteur en chef Boris Cyrulnik.
Je dois faire ma signature dans une heure à la foire du Livre. Jʼai sorti ma plus belle chemise, ma cravate, jʼai ciré mes chaussures et au moment de quitter la chambre je me suis aperçu que jʼavais perdu tout mon argent. Jʼai commencé à fouiller toute la chambre quand quelquʼun a frappé à la porte : cʼétait la gazelle !
- Monsieur, vous avez fait tomber votre argent sous le lit. Jʼai ramassé les sous. Je vous ai rangé les 326 euros dans le tiroir droit du lit.
Là, je me suis dit, je prends la nationalité tunisienne, jʼépouse la gazelle du 18ème étage, on fonde un foyer dans la 18/ 9 et pendant quʼelle fera les lits des chambres voisines, moi, jʼinventerai des slogans poétiques pour le Leader : A toi pour toujours. A La vie à la mort. Et pour sa prochaine candidature à un cinquième septennat, je lui proposerai le très lacanien : Encore ! dont le point dʼexclamation recouvrira toute la façade de lʼhôtel Africa.
Le téléphone a sonné :
- Monsieur Kacimi, on vous demande à la réception.
Dans le grand hall, empli de femmes de Dubaï, tout de noir vêtues, mʼattendait le fonctionnaire très distingué en costume bleu et cravate rouge. Il ma tendu un fax :
- Lisez-moi cela à voix basse sʼil vous plaît.
Jʼai lu cet extrait souligné en rouge « Grâce à Ben Ali, la Tunisie est aujourdʼhui un vaste goulag où des millions de blaireaux bronzent à 150 euros la semaine en formule all inclusive. Un goulag dont les miradors sont cachés par des sacs FRAM et des serviettes de plage ».
Je me suis écrié, scandalisé : mais qui est le couillon qui a écrit ça ?
Le fonctionnaire souriait jaune :
- Cʼest vous, Monsieur, dans « lʼOrient après lʼamour ». Et cʼest aussi sur le site de
La pensée
de Midi.
Pour changer vite de conversation, jʼai dit :
- Ah, je dois appeler le chauffeur pour aller à la foire.
- Il n' y a plus de voiture, Monsieur.
- Mais jʼai la signature de mon livre à 16 heures.
- Il n y a plus de littérature, Monsieur.
- Et le colloque, demain?
- Il n'y a plus de théâtre, Monsieur.
- Excusez-moi, je vais remonter dans ma chambre pour me reposer un peu.
- Impossible, il n' y aura plus jamais pour vous de repos ici, Monsieur.
Vol TunisParis,
AF 1425. 14h40. Le 29 avril 09

Pensées en Méditerranée
1er dimanche du mois à 11h
3ème jeudi du mois à 10h
Par La Pensée de Midi
La pensée de midi vous donne rendez-vous le premier dimanche de chaque mois à 11 heures sur les ondes de radio grenouille (88.8 FM) pendant une heure pour trois moments de discussion et d’écoute : musique, littérature et débats d’idées. Une émission conçue et animée par Thierry Fabre.
Emission d’AVRIL 2009
Actualité musicale
Musiques de transe en
Méditerranée : les gnawas du Maroc. Entretien avec le photographe ALGO, par Elisabeth Cestor
Morceaux diffusés :
> Extrait de l’ambiance sonore du film "Lila", de Manoël Penicaud, utilisé lors de l’exposition "Gnawa"proposée par les photographes ALGO et Virgile Jourdan
>"Chalabati" de Gnawa Home son (Accords
croisés/Harmonia Mundi, 2007
Pour en savoir plus sur le travail du photographe ALGO : www.algopix.net
Actualité littéraire, par Thierry Fabre
Le moment de
fraternité, Régis Debray, Gallimard NRF, 2009.
Un dieu animal,
Jérôme Ferrari, Actes Sud, 2009.
Le danseur des solitudes, Georges Didi-Huberman, 2009.
Le dossier, Rencontre avec Alaa El Aswany présentée par Thierry Fabre.
Extraits de la rencontre qui s’est tenue le 11 mars 2009 avec l’écrivain égyptien Alaa El Aswany, à la Bibliothèque départementale 13 à Marseille, à l’occasion de la parution de son nouveau libre, J’aurais voulu être égyptie(Actes Sud / Bleu, 2009). Echange mené par Thierry Fabre.
A la technique de Radio Grenouille : Djilali.
Comme si le corps…
cycle de cinéma [projections, conférences, ateliers] proposé par Peuple & Culture Marseille
> avril à octobre 2009 à Marseille et Aix-en-Provence
Comme si le corps était simplement donné… Omniprésent, il ne semble pouvoir être pensé que comme un tout. Pourtant, on le sent bien, il reste insaisissable : morcelé, éclaté, disjoint, il résiste à sa totalisation et ne se perçoit qu’en pointillés.
Et le cinéma, nous montre-t-il autre chose que des corps en trompe l’œil ?
Dans leur mise en spectacle, il fabrique des représentations figées qui, à force de répétitions, se désincarnent. Mais parfois, les corps à l’écran débordent leurs images et creusent par leur seule présence l’espace du voir, dans un dénuement où affleure la singularité d’un être-là.
Par leur approche du réel, les films de cette programmation montrent combien le corps, loin d’être donné une fois pour toutes, est en perpétuelle construction, toujours en mouvement. En ce sens, donner à voir des regards défaits de leurs certitudes, contribue à déconstruire les représentations dominantes : à travers l’émergence de nouvelles figures moins stéréotypées, moins entravées, ces films nous regardent. Et du coup, cela nous regarde! Comme si les corps impressionnés à l’écran impressionnaient à leur tour ceux des spectateurs.
Que le corps soit l’objet d’enjeux sociaux, politiques ou culturels, il s’agit de faire corps. Les catégories de la pensée qui l’instrumentalisent et le contrôlent, se réservent la légitimité de le définir adapté ou inadapté, valide ou invalide, beau ou laid, désirant ou désirable, mâle ou femelle, etc. Ainsi dans l’institution sociale, le travail, la sexualité ou encore la santé, les pratiques et les discours normatifs persistent. Le corps est-il réductible à des fonctions, dont les principales seraient d’être le véhicule de son espèce, d’un genre ou d’une culture ? Censée fonder la vie en société, cette exigence s’accorde pourtant bien mal avec son infinie diversité, sa polymorphie. Et si de corps insoumis naissaient des désordres créateurs ?
Lorsque le cinéma parvient à rendre perceptible l’état par lequel le corps déborde son enveloppe, il montre à quel point celui-ci se joue des limites qui lui sont assignées, transgressant non seulement par plaisir mais aussi par nécessité. L’incarnation prend alors une autre dimension, onirique, extatique ou tragique, qui fait éclater les frontières entre le plaisir et la souffrance, la naissance et la mort. Même si celle-ci, borne ultime, peut elle aussi être sublimée par les puissances conjuguées de la vie et du cinéma. Comme si le corps, dans le caractère fragile et aléatoire de son existence et de son identité, était continuellement projeté vers…
Ces frontières, nous avons voulu à notre tour les laisser ouvertes par une diversité de formes cinématographiques ; une diversité de modes de diffusion et d’écoute ; par des expressions du corps à vivre dans l’écriture ou la voix, en ateliers ; par une conférence. Et puis, c’est notre souhait, entre les corps regardés, regardant et agissant, des paroles, des sons, des expériences à échanger ; des réflexions à poursuivre, ensemble.
informations au 04 91 24 89 71 et sur le blog du cycle http://commesilecorps.hautetfort.com
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mercredi 15 avril à 20h30 / Polygone étoilé |
High school 1 de Frederick Wiseman
(USA, 1968, 1h15)
Des adolescents de la classe moyenne américaine, dans un lycée du nord est de Philadelphie.
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jeudi 16 avril à 20h30 / Polygone étoilé |
Basic Training de Frederick Wiseman
(USA, 1971, 1h29)
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vendredi 17 avril à 20h30 / Polygone étoilé |
Titicut follies de Frederick Wiseman
(USA, 1967, 1h24)
Le quotidien des détenus du pénitencier psychiatrique de Bridgewater dans le Massachusetts. Ce film a fait l'objet d'une interdiction par la censure américaine de 1967 à 1991.
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samedi 18 avril à 18h / CRDP Espace Paul Cezanne |
Mutations des regards sur le corps anormal
Des monstres de foire aux corps aliénés ou handicapés, l’histoire de la difformité physique est celle des regards portés sur eux, celle de leur mise en spectacle dans un régime particulier de visibilité, celle des signes et des fictions qui les représentent. L’anormal est aussi affaire de perception, et le stigmate est dans l’œil de celui qui observe, comme Erwing Goffman nous a appris à le reconnaître dans Stigmates.
Une conférence de Jean-Jacques Courtine, professeur d’anthropologie culturelle à l’université Paris III-Sorbonne Nouvelle. Il est l’auteur de nombreux travaux d’anthropologie historique du corps. Co-directeur des trois ouvrages collectifs Histoire du corps, il en a dirigé le dernier volume : Les mutations du regard – Le XXe siècle (Editions du Seuil, 2006).
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samedi 18 avril à 20h30 / CRDP Espace Paul Cezanne – Tarif : 4 € |
San Clemente de Raymond Depardon et Sophie Ristelhueber
(France, 1980, 98 mn)
Raymond Depardon filme les pensionnaires de l’institut psychiatrique de San Clemente situé sur une petite île à côté de Venise. Le film a été tourné en dix jours, pendant le carnaval de Venise, peu de temps avant la fermeture de l’hôpital.
Débat en présence de Jean-Jacques Courtine.
Y’a qu’à pas la fermer !
Les corps gueuloirs
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mercredi 6 mai à 19h30 / Polygone étoilé |
Bon Pied, Bon Œil et toute sa tête de Gérard Leblanc
(France, 1978, 87 mn)
Pamphlet cinématographique, essai filmique argumenté et documenté, montage en forme de démonstration visuelle, ce film du groupe Cinéthique analyse les handicaps dans l’histoire de leurs représentations et de leur contexte social et politique. Réalisé en liaison avec le Comité de Lutte des Handicapés et les Psychiatrisés en Lutte, revendiqué comme film militant, il nous invite à “détruire la société qui nous détruit”.
Débat en présence de Gérard Leblanc, réalisateur.
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jeudi 14 mai à 19h30 / Polygone étoilé |
Y’a qu’à pas baiser de Carole Roussopoulos
(France, 1971/1973, 17 mn)
Une femme prend la décision de ne pas garder son enfant. Le film alterne la séquence d’un avortement mené selon la méthode Karman – alors que cette pratique est encore illégale en France – et des images de la première manifestation de femmes en faveur de l’avortement et de la contraception qui a lieu à Paris le 20 novembre 1971.
Regarde, elle a les yeux grands ouverts de Yann Le Masson
(France, 1980, 77 mn)
Des militantes du MLAC d'Aix-en-Provence (Mouvement pour la Libération de l’Avortement et de la Contraception fondée en 1973) sont inculpées et jugées en mars 1977 pour exercice illégal de la médecine et pratique illégale de l’avortement. Le réalisateur observe les principes du MLAC, de la vie à la « Commune », des méthodes alternatives d'accouchement, repoussant les limites du corps décent ou indécent. Ce documentaire-fiction est issu d’un travail collectif, chacune des protagonistes rejouant son propre rôle.
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jeudi 11 juin à 19h30 / Polygone étoilé |
Notre trou du cul est révolutionnaire de Lionel Soukaz
(France, 2005, 3 mn)
“Jeter son corps dans la lutte” ; cette formule empruntée par Pasolini au chant de résistance des Noirs américains, prenait hier tout son sens. « Car le corps doit s'entendre, soit de l'individu de chair, soit comme composante de l'expression ». Je cite là René Schérer. Et mon corps devenait esprit traversé de frissons et d'amour pour celles et ceux qui résistent. (Lionel Soukaz)
Interior Scroll-the cave de Carolee Schneeman et Maria Beatty
(USA, 1975-1995, 7 mn 30)
Devant la caméra de Maria Beatty, Carolee Schneemann et sept autres femmes rejouent la célèbre performance créée par Schneemann en 1975, Interior Scroll (“Faites défiler l’intérieur”), où, perchée sur une longue table, elle prenait des poses de modèle, et sortait de son vagin un long morceau de papier où était écrit le début d’un livre qu’elle n’a jamais écrit “Cézanne était une grande artiste”.
L’ordre des mots de Cynthia Arra et Mélissa Arra
(France, 2007, 82 mn)
Six portraits de militantEs trans’/inter-sexes/genres illustrent dans leur chair les limites étroites de la binarité avec laquelle notre culture considère ces sujets - jusqu’à l’exemple de ce trans’ Female to Unknown. Un documentaire pour se (re)penser soi, son corps, son sexe.
Débat en présence d’une des réalisatrices.
Outre corps
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vendredi 11 septembre à 20h / Polygone étoilé |
Un corps vivant de Céline Ohanessian
(France, 2008, 5 mn)
Sur des citations extraites de Ostinato de l’écrivain Louis René des Forêts, une caméra-pinceau ausculte un corps et l’inscrit en négatif ; l’autoportrait filmé à bout de bras confond dedans et dehors. Une sismographie de sensations ancre ainsi l’expérience du deuil.
The Passing de Bill Viola
(Pays-Bas, 1991, 55 mn)
En 1991, Bill Viola assiste la même année à la mort de sa mère et à la naissance de son second fils. Ces évènements sont au centre de cette bande vidéo qui ausculte les passages de la vie à la mort, et interroge les passerelles entre un univers rationnel et les sphères de l’inconscient.
Take me de Stephen Dwoskin
(1968, 28 mn)
Une femme séduisante déambule devant nos yeux, chante et nous regarde, d’abord de loin. Puis, lentement, la caméra se rapproche de son corps débarrassé des ses vêtements. Dans cette scène d’une inquiétante banalité, son corps nu, recouvert de peinture, se métamorphose alors en un tableau mobile qui prend les formes d’une cosmogonie où les frontières entre le dedans et le dehors se brouillent.
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Soirée en partenariat avec Radio-Grenouille Diffusion de la version radio sur les ondes en direct |
samedi 26 septembre à 20h la compagnie |
Blue de Dereck Jarman
(1978, 78 mn)
Sur un fond d’écran bleu - hommage au peintre Yves Klein mais aussi référence à la cécité qui gagne peu à peu -, le corps est ici une Terra Incognita, conjuguément terre inconnue et dérive de tous les continents sensibles. Face à la maladie et à la mort, le dernier film de Derek Jarman est, malgré la souffrance, une ode à la vie, à l’amour, à l’amitié. Il est aussi une expérience poétique et philosophique d’une rare profondeur sur notre condition humaine et notre finitude.
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samedi 10 octobre à 18h30 / Polygone étoilé |
Identities de Nino Rodriguez
(USA, 1991, 7 mn)
Un homme “s’entretient” avec le réalisateur qui n’a conservé que les résidus de son discours : spasmes, borborygmes, déglutitions, hésitations, bruits divers du corps. Une expérience radicale et bouleversante des rapports entre continuité et discontinuité humaine.
Le temps des adieux de Mehdi Sahebi
(Suisse, 2006, 63 mn)
Alors qu’il sait qu’il va mourir, et pour tenter de se mettre en paix avec lui-même, un homme gravement malade laisse enregistrer, pendant les derniers mois de sa vie, la progression de la maladie sur son corps, et les ravages qui l’accompagnent. Un film-testament difficile et impressionnant qui soulève autant de questions éthiques qu’esthétiques.
Life without death de Frank Cole
(USA, 1989, 83 mn)
Suite à la mort de son grand-père, le réalisateur s’embarque dans une traversée de différents déserts africains en solitaire et à dos de chameau avec l’intention de défier la mort. Plongée au cœur de l’être humain et expérience inédite des limites.
Extase
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vendredi 23 octobre à 19h30 / Polygone étoilé |
Angèle de Foligno de Natacha Muslera
(France, 2008, 50 mn)
Le film relate l’expérience d’Angèle de Foligno, mystique du XIIIème siècle. Il est adapté du “Livre des visions et instructions”, transcription par le frère Arnaud des paroles de la jeune femme. Le corps est ici envisagé comme un point de jonction entre le langage et le sacré.
Moment de Stephen Dwoskin
(Grande-Bretagne, 1968, 12 mn)
Stephen Dwoskin répond au film d’Andy Warhol, Blow Job. Il nous donne à voir le visage d'une femme, dont on suppose qu'elle se masturbe. Elle nous regarde la regarder.
Débat en présence Natacha Muslera, réalisatrice.
Autour de la programmation
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Atelier d’écriture |
samedi 11 avril de 15h à 19h / La Cité, Maison de théâtre |
Mon corps n’a pas les même idées que moi
Ecrire est une mise en jeu du corps. Passions, pulsions et pulsations se nichent à l’insu dans le geste, et ce faisant un réel signifiant se construit et devient accessible. Mais mon corps n’a pas les mêmes idées que moi. Cette phrase de Roland Barthes, qui pourrait suggérer une totale indépendance du corps et de l’esprit, signifie plutôt qu’ils sont tous deux physiques, et différemment matériels ; que c’est le passage entre les deux que l’on devrait appeler corps ; que l’écriture à la fois en émane et y conduit.
Animé par Pierre Guéry, écrivain, poète, performer, auteur de Erotographie (Editions Biliki, 2007).
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Atelier voix |
Samedi 26 septembre de 15h à 19h / la compagnie |
Labo d’expérimentations vocales
L’outil-corps : trouver repères et sensations pour placer son souffle et poser sa voix.
Le(s) corps-instrument(s) : par un travail d’écoute, de circulation du son et de recherche harmonique, explorer le rayonnement de la voix dans son propre corps, celui des autres, et l'espace autour.
Construire un “espace sonore” : créer empilements, dialogues, unissons, canons, contrepoints… pour explorer des situations musicales qui permettent de développer dans l'improvisation un discours ou une histoire sonore.
Animé par Cati Delolme, chanteuse. Chef de chœur, fondatrice du “Chant du Voisin” et de l’ensemble vocal “le nom commun”, sa pratique va des polyphonies de tradition orale, à l’improvisation et la création contemporaine.
Pour les 2 ateliers : sur inscription auprès de Peuple & Culture Marseille (nombre de places limité)
Plein tarif : 9 euros
Tarif réduit (adhérents, étudiants, chômeurs) : 5 euros
Les lieux
Polygone étoilé 1 rue Massabo, 2e - métro/tram Joliette
La Cité, Maison de théâtre 54 rue Edmond Rostand, 6e - métro Préfecture
CRDP Espace Cézanne 31 bd d’Athènes, 1er - métro St Charles
la compagnie, 19 rue Francis de Pressensé, 1er - tram Alcazar
Radio Grenouille propose un parcours sonore dans le cycle : au fil des séances, des rendez-vous réguliers, des échos et quelques surprises… > à écouter sur 88.8 fm / informations : www.grenouille888.org
Une proposition de l’Atelier de programmation de Peuple & Culture Marseille
Claire Astier, Jacques Boyer, Monica Caceido-Cros, Sylvia Donis, Nisrine El Hassouni, Muriel Guigue, Samy Lalanne, Sylvie Mateo, Valentine Verne, Eric Vidal, Cathy Vivodtzev
L’Atelier de programmation, pendant 6 mois, a visionné, pensé et sélectionné des films pour élaborer collectivement cette programmation.
Vous pouvez rejoindre l’Atelier de programmation en vue du prochain cycle, n’hésitez pas à nous contacter !
En partenariat avec le Polygone étoilé, La Cité Maison de théâtre, la compagnie, Radio Grenouille et l’Institut de l’Image.
Avec le soutien de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et du Conseil général des Bouches-du-Rhône.
Informations auprès Peuple & Culture Marseille
04 91 24 89 71 / peupleculture.marseille@wanadoo.fr
le blog du cycle http://commesilecorps.hautetfort.com
La pensée de midi vous
recommande...
L’Université dans la ville
Marseille racontée par ses enseignants-chercheurs
Visites-conférences tout public organisées à Marseille,
du mardi 24 au jeudi 26 mars 2009
Cette initiative s’inscrit dans le mouvement actuel d’action et de revendication des universités.
Mardi 24 mars
Marseille, la ville, ta mer... : ville et environnement à Marseille
Circuit géo-historique avec V. Baby-Collin, A. Bensaad, H. Bruneton, S. Bridier, A. Delpirou, S. Dufour, E. Dorier-Apprill, G. Ishkinazi, S. Meulé, C. Morhange, P. Sintès (UFR de Géographie) - C.Atlan et N. Michel (département d’Histoire)
Rdv : 9h00, en haut des escaliers de la gare St-Charles (arrivée 17h plages du Prado)
Prévoir chaussures de sport, pique-nique, eau, bloc-notes, plan de Marseille
Itinéraire et thèmes : gare Saint Charles (topographie, morphologie urbaine, renouvellement urbain, mémoire coloniale), Belsunce-centre bourse (mutations du centre-ville, migrations, diasporas), Canebière (fonctions commerciales), rue de la République (urbanisme spéculatif, gentryfication), Vieux Port (géoarchéologie, climatologie urbaine, architecture d’après-guerre) – Catalans-Malmousque (urbanisme littoral, résidences fermées) – Corniche/ Roucas Blanc (histoire des beaux quartiers, fragmentation urbaine), plages (géomorphologie littorale, pratiques citadines).
Programme détaillé : http://www.univ-provence.fr/geographie
Mercredi 25 mars
Itinéraires d’Allemands à Marseille (première moitié du XXe siècle)
Circuit littéraire avec Véronique Dallet-Mann, Charly Götze, Catherine Teissier et David Weber
(département d’Etudes Germaniques), Marion Picker.
Rdv : 14h00, place Villeneuve Bargemon, à côté de l’Hôtel de Ville
Thèmes : le Vieux-Port et la nouvelle Vision allemande, les lieux de mémoire allemands, les exilés : le Marseille d’Anna Seghers, Klaus Mann et Walter Benjamin
Itinéraire : Vieux Port et Canebière
Marseille à la télévision : découverte des archives régionales INA
Inauguration du site internet « Repères méditerranéen » + visite commentée des archives de l’Institut national de l’Audiovisuel avec JM Guillon et M. Crivello.
Rdv : 17h30, INA, Friche de la Belle-de-Mai (sur
invitation)
Jeudi 26 mars
A la recherche du Marseille médiéval : sur les traces de la cité au Moyen-âge
Circuit historique, avec JP Boyer et T. Pécout (département d’Histoire).
Rdv : 9h00, ND de la Garde, devant la porte de la basilique haute, puis 10h30, porte église St-Victor
Thèmes : Topographie politique à l’époque consulaire et angevine, histoire religieuse, architecture médiévale
Itinéraire : Notre-Dame-de-la-Garde, églises de St-Victor, Saint-Laurent et Accoules, cours Belsunce
Marseille-colonie, Marseille coloniale : de l’Antiquité aux 19e-20e siècles
RdV : 13h00, entrée du musée d’histoire de Marseille (centre bourse) ; puis 14h00, Vieille-Charité, cinéma Le Miroir (entrée libre, dans la limite des places disponibles).
Prévoir entrée des musées payante (2 à 5 €)
Conférences : JC Sourisseau (Archéologie), Quelle histoire, quels documents pour Marseille grecque ?
P. Jockey (département d’Histoire), La Grèce Antique à la Vieille Charité, images et discours
X. Daumalin (IUFM) : Marseille et l’Afrique – la conquête du Dahomey (1892)
C. Atlan (département d’Histoire), Des expositions coloniales aux collections africaines du MAAOA
Visites : Musée d’histoire de Marseille, jardin des vestiges (Centre-bourse) ; Musée d’archéologie
méditerranéenne, Musée d’art africain (Vieille-Charité).
HEMDEM
SELECTION BABEL MED MUSIC 2009
Chants mystiques d’Anatolie
vendredi 27 mars 20h
Salle Cabaret, Dock des Suds
12 rue Urbain V, 13002 Marseille 04 91 99 00 00
samedi 28 mars 21h
Foyer franco-libanais
5 avenue Parc Borely, 13008 Marseille
(Association Méditerranéenne France-Turquie)
www.france-turquie.com 06 14 62 19 61
+ d’infos 04 95 04 30 28
www.myspace.com/hasbihaltoplulugu
HEMDEM s’inscrit dans la musique sacrée des troubadours et poètes mystiques d’Anatolie. Dertli Divani est un maître spirituel et poète renommé qui a réuni autour de lui des musiciens-chanteurs comme Ulas Özdemir et Mustafa Kilcik. Leur répertoire se compose des psaumes exprimant sagesse et profession de foi, de chants d’amour mystiques, d’hymnes sacrés célébrant l’Imam Ali, figure emblématique de la vénération chiite, des lamentations ou chants en l’honneur du prophète Mohammed. Ces chants accompagnent la danse rituelle semah, une danse « d’extase sobre », exercée par hommes et femmes égalitairement.
Ces trois musiciens hors pair s’accompagnent au baglama, le cura ou le dede sazi, considérés comme des instruments sacrés. Pour les Alévi-Bektashi le mothemdem est chargé à la fois d’une signification littérale et d’un sens mystique. Dem désigne, le souffle, la vie, un moment ou encore le vin.
Avec leurs voix douces et leurs chants tournés vers l’intérieur les membres de l’Ensemble créent une atmosphère de grâce et d’amour partagé à la fois mystique et dynamique.
Ask olsun ! Que l’amour soit !