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Billets d'humeur

Lundi 8 juin 2009

Discours de Barack Obama

Au Caire

4 juin 2009

 


 

Je vous remercie. Bonjour à tous. C’est pour moi un honneur de me trouver dans cette ville intemporelle qu’est Le Caire et d’être reçu par deux institutions remarquables. Depuis plus de mille ans, Al Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d’un siècle, l’université du Caire est une source de progrès pour l’Égypte. Ensemble, vous représentez l’harmonie entre la tradition et le progrès. Je vous suis reconnaissant pour votre hospitalité et celle du peuple égyptien. Je suis fier aussi de vous transmettre la bonne volonté du peuple américain et une salutation de paix de la part des communautés musulmanes de mon pays : « Salam aleïkoum. » Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier — tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. Les relations entre l’Islam et l’Occident se caractérisent par des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion. Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations.

 

En outre, les mutations de grande envergure qui sont nées de la modernité et de la mondialisation ont poussé beaucoup de musulmans à voir dans l’Occident un élément hostile aux traditions de l’Islam. Des extrémistes violents ont exploité ces tensions auprès d’une minorité de musulmans qui, pour être réduite n’en est pas moins puissante. Les attentats du 11 septembre 2001, conjugués à la poursuite des actions violentes engagées par ces extrémistes contre des civils, ont amené certains dans mon pays à juger l’Islam inévitablement hostile non seulement à l’Amérique et aux pays occidentaux, mais aussi aux droits de l’homme. La peur et la méfiance se sont ainsi accentuées. Tant que notre relation restera définie par nos différences, nous donnerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine et non la paix et qui encouragent le conflit au lieu de la coopération qui peut aider nos deux peuples à connaître la justice et la prospérité. C’est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé. Je suis venu ici au Caire en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas et qu’ils n’ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l’Amérique et l’Islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.

 

Ce faisant, je reconnais que le changement ne se produira pas du jour au lendemain. Il y a eu beaucoup de publicité à propos de mon discours, mais aucun discours ne peut éradiquer des années de méfiance, et dans l’espace de cet après-midi, je n’ai pas la réponse non plus aux questions complexes qui nous ont menés au point où nous sommes maintenant. Mais je suis convaincu que pour aller de l’avant, nous devons dire ouvertement entre nous ce que nous recelons dans notre cœur et que trop souvent nous n’exprimons qu’à huis clos. Nous devons consentir un effort soutenu afin de nous mettre à l’écoute et d’apprendre les uns des autres ; de nous respecter mutuellement et de rechercher un terrain d’entente. Comme le dit le Saint Coran, « Crains Dieu et dis toujours la vérité ». C’est ce que je vais essayer de faire aujourd’hui - de dire la vérité de mon mieux, rendu humble par la tâche qui nous attend et ferme dans ma conviction que les intérêts que nous partageons parce que nous sommes des êtres humains sont beaucoup plus puissants que les forces qui nous séparent. Cette conviction s’enracine en partie dans mon vécu. Je suis chrétien, mais mon père était issu d’une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j’ai passé plusieurs années en Indonésie où j’ai entendu l’appel à la prière (azan) à l’aube et au crépuscule. Jeune homme, j’ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j’ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane.

 

Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’Islam. C’est l’Islam - dans des lieux tels qu’Al-Azhar —, qui a brandi le flambeau du savoir pendant de nombreux siècles et ouvert la voie à la Renaissance et au siècle des Lumières en Europe. C’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes — c’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes que nous viennent l’algèbre, le compas et les outils de navigation, notre maîtrise de l’écriture et de l’imprimerie, notre compréhension des mécanismes de propagation des maladies et des moyens de les guérir. La culture islamique nous a donné la majesté des arcs et l’élan des flèches de pierre vers le ciel, l’immortalité de la poésie et l’inspiration de la musique, l’élégance de la calligraphie et la sérénité des lieux de contemplation. Et tout au long de l’histoire, l’Islam a donné la preuve, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l’égalité raciale. Je sais aussi que l’Islam a, de tout temps, fait partie de l’histoire de l’Amérique. C’est le Maroc qui fut le premier pays à reconnaître mon pays. En signant le traité de Tripoli en 1796, notre deuxième président, John Adams, nota ceci : « Les États-Unis n’ont aucun caractère hostile aux lois, à la religion ou à la tranquillité des musulmans. » Depuis notre fondation, les musulmans américains enrichissent les États-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servi le gouvernement, pris la défense des droits civils, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, brillé dans le domaine des sports, remporté des prix Nobel, construit notre plus haut immeuble et allumé le flambeau olympique. Et, récemment, le premier Américain musulman qui a été élu au Congrès a fait le serment de défendre notre Constitution sur le Coran que l’un de nos Pères fondateurs, Thomas Jefferson, conservait dans sa bibliothèque personnelle.

 

J’ai donc connu l’Islam sur trois continents avant de venir dans la région où il a été révélé pour la première fois. Cette expérience guide ma conviction que le partenariat entre l’Amérique et l’Islam doit se fonder sur ce qu’est l’Islam, et non sur ce qu’il n’est pas, et j’estime qu’il est de mon devoir de président des États-Unis de combattre les stéréotypes négatifs de l’Islam où qu’ils se manifestent. Or ce même principe doit s’appliquer à la façon dont l’Amérique est perçue par les musulmans. Tout comme les musulmans ne se résument pas à un stéréotype grossier, l’Amérique n’est pas le stéréotype grossier d’un empire qui n’a d’autre intérêt que le sien. Les États-Unis représentent l’une des plus grandes sources de progrès que le monde ait connues. Nous sommes nés d’une révolution contre un empire ; nous sommes fondés sur l’idéal de l’égalité de tous et nous avons versé notre sang et combattu pendant des siècles pour donner un sens à ces mots - sur notre territoire et à travers le monde. Nous sommes façonnés par chaque culture, issus des quatre coins du monde et acquis à un concept simple : E pluribus unum : « De plusieurs peuples, un seul ». Eh bien, qu’un Américain d’origine africaine et ayant pour nom Barack Hussein Obama ait pu être élu président a fait couler beaucoup d’encre. Mais mon parcours n’est pas unique. Le rêve des chances de réussir ne s’est pas concrétisé pour tous en Amérique, mais cette promesse demeure pour tous ceux qui débarquent sur nos rivages — y compris les près de sept millions de musulmans américains qui vivent aujourd’hui dans notre pays et dont le revenu et le niveau d’éducation, disons-le, sont supérieurs à la moyenne. En outre, la liberté en Amérique est indissociable de celle de pratiquer sa religion. C’est pour cette raison que chaque État de notre union compte au moins une mosquée et qu’on en dénombre plus de mille deux cents sur notre territoire. C’est pour cette raison que le gouvernement des États-Unis a recours aux tribunaux pour protéger le droit des femmes et des filles à porter le hijab et pour punir ceux qui leur contesteraient ce droit.

 

Le doute n’est pas permis : l’Islam fait bel et bien partie de l’Amérique. Et je suis convaincu que l’Amérique contient en elle la proposition vraie qu’indépendamment de notre race, de notre religion ou de notre condition sociale nous aspirons tous à la même chose - vivre dans la paix et la sécurité ; faire des études et travailler dans la dignité ; aimer notre famille, notre communauté et notre Dieu. C’est cela que nous avons en commun. C’est l’espoir de l’humanité toute entière.Certes, notre tâche commence seulement quand nous avons pris conscience de notre humanité commune. Ce n’est pas par des paroles que nous pouvons répondre aux besoins de nos peuples. Nous ne pourrons les satisfaire qu’à condition d’agir avec audace dans les années à venir et de comprendre que nous nous heurtons à des défis communs et qu’en nous abstenant d’y faire face c’est à nous tous que nous faisons tort. Car nous en avons fait récemment l’expérience : quand le système financier d’un pays particulier s’affaiblit, la prospérité est mise à mal partout. Quand une nouvelle grippe infecte un seul être humain, nous courons tous un risque. Quand un pays particulier tente de se doter d’une arme nucléaire, le risque d’attaque nucléaire augmente dans toutes les nations. Quand des extrémistes violents sévissent dans une certaine région de montagnes, les populations situées par-delà l’océan sont mises en danger. Et quand des innocents en Bosnie et au Darfour sont massacrés, c’est notre conscience collective qui est souillée. Vivre ensemble dans le monde, voilà ce que cela signifie au vingt et unième siècle : c’est la responsabilité que nous avons les uns envers les autres en tant qu’êtres humains. C’est une responsabilité difficile à assumer. Car l’histoire de l’humanité est trop souvent le récit de nations et de tribus - et admettons-le, de religions - qui s’asservissent en visant leur propre intérêt. Mais dans cette ère nouvelle, une telle attitude est autodestructrice. Au vu de notre interdépendance, tout ordre mondial qui élève un pays ou un groupe d’individus au détriment d’un autre est inévitablement voué à l’échec. Quelle que soit notre opinion du passé, nous ne devons pas en être prisonniers. Nous devons régler nos problèmes par le biais du partenariat et partager nos progrès.

 

Il ne faut pas en conclure que nous devrions faire semblant d’ignorer les sources de tension. C’est l’inverse qui nous est suggéré : nous devons affronter carrément ces tensions. Dans cet esprit, permettez-moi de m’exprimer aussi clairement et aussi simplement que possible sur certaines questions précises auxquelles nous devons maintenant faire face ensemble. La première est celle de l’extrémisme violent sous toutes ses formes. À Ankara, j’ai fait clairement savoir que l’Amérique n’est pas - et ne sera jamais - en guerre contre l’Islam. En revanche, nous affronterons inlassablement les extrémistes violents qui font peser une menace grave sur notre sécurité. Parce que nous rejetons ce que rejettent les gens de toutes confessions : le meurtre d’hommes, de femmes et d’enfants innocents. Et il m’incombe d’abord, en tant que président, de protéger le peuple américain. La situation qui prévaut en Afghanistan illustre les objectifs de l’Amérique et la nécessité de collaborer tous ensemble. Voilà maintenant plus de sept ans, forts d’un large appui de la communauté internationale, les États-Unis ont donné la chasse à El Qaïda et aux talibans. Nous avons agi de la sorte non par choix, mais par nécessité. Je suis conscient que d’aucuns mettent encore en question ou même justifient les événements du 11 Septembre. Mais soyons clairs : El Qaïda a tué près de trois mille personnes ce jour-là. Ses victimes étaient des hommes, des femmes et des enfants innocents, venus d’Amérique et de beaucoup d’autres pays, et qui n’avaient rien fait à personne. Mais El Qaïda a choisi de les tuer sans merci, de revendiquer les attentats et il réaffirme aujourd’hui encore sa détermination à commettre d’autres meurtres à une échelle massive. Ce réseau a des membres dans de nombreux pays et il essaie d’élargir son rayon d’action. Il ne s’agit pas là d’opinions à débattre- ce sont des faits à combattre.

 

Eh bien, ne vous y trompez pas : nous ne voulons pas laisser nos soldats en Afghanistan. Nous ne cherchons pas à y établir des bases militaires. Il est douloureux pour l’Amérique de perdre ses jeunes gens et ses jeunes femmes. La poursuite de ce conflit s’avère coûteuse et politiquement difficile. Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu’au dernier, si nous avions l’assurance que l’Afghanistan, et maintenant le Pakistan, n’abritaient pas d’éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains. Mais ce n’est pas encore le cas. C’est pourquoi nous œuvrons en partenariat avec une coalition de 46 pays. Malgré les coûts en cause, la volonté de l’Amérique ne va pas fléchir. Assurément, aucun d’entre nous ne doit tolérer ces éléments extrémistes. Ils ont fait des morts dans beaucoup de pays. Ils ont tué des gens de toutes religions - et surtout des musulmans. Leurs actions sont inconciliables avec les droits de l’homme, le progrès des nations et l’Islam. lll Le Saint Coran nous enseigne que quiconque tue un innocent tue l’humanité toute entière, et que quiconque sauve quelqu’un, sauve l’humanité toute entière. La foi enracinée de plus d’un milliard d’habitants de la planète est tellement plus vaste que la haine étroite de quelques-uns. Quand il s’agit de combattre l’extrémisme violent, l’Islam ne fait pas partie du problème - il constitue une partie importante de la marche vers la paix. Nous savons en outre que la puissance militaire ne va pas à elle seule résoudre les problèmes qui se posent en Afghanistan et au Pakistan. C’est pour cette raison que nous comptons investir 1,5 milliard de dollars par an, au cours des cinq prochaines années, dans la construction d’écoles et d’hôpitaux, de routes et d’entreprises, en partenariat avec les Pakistanais, ainsi que des centaines de millions de dollars pour venir en aide aux personnes déplacées.

 

C’est pour cette raison encore que nous fournissons plus de 2,8 milliards de dollars aux Afghans afin de les aider à développer leur économie et à prodiguer les services dont la population a besoin. Je voudrais aussi aborder le dossier de l’Irak. Contrairement à la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak est le résultat d’un choix, lequel a provoqué des différences marquées dans mon pays et à travers le monde. Tout en étant convaincu que le peuple irakien a gagné au bout du compte à être libéré de la tyrannie de Saddam Hussein, je crois aussi que les événements en Irak ont rappelé à l’Amérique la nécessité de recourir à la diplomatie et de construire un consensus international pour résoudre ses problèmes à chaque fois que c’est possible. De fait, nous avons en mémoire les propos de Thomas Jefferson, qui disait ceci : « J’espère que notre sagesse grandira avec notre puissance et qu’elle nous enseignera que moins nous utiliserons cette dernière, plus elle fera de l’effet. » Aujourd’hui, l’Amérique possède une double responsabilité : aider l’Irak à se forger un avenir meilleur et laisser l’Irak aux Irakiens. J’ai fait clairement savoir au peuple irakien que nous ne cherchons nullement à établir des bases en Irak ni à revendiquer son territoire ou ses ressources. La souveraineté de l’Irak appartient à l’Irak. C’est pour cette raison que j’ai ordonné le retrait de nos brigades de combat d’ici au mois d’août de l’année prochaine. C’est pour cette raison que nous allons honorer l’accord que nous avons conclu avec le gouvernement irakien, élu démocratiquement, concernant le retrait de nos troupes de combat des villes irakiennes d’ici au mois de juillet et de toutes nos troupes du territoire irakien d’ici à 2012. Nous aiderons l’Irak à former ses forces de sécurité et à développer son économie. Mais c’est en tant que partenaires, et jamais en tant que protecteurs, que nous apporterons notre appui à un Irak sécurisé et uni. Enfin, tout comme l’Amérique ne tolérera jamais la violence des extrémistes, elle ne doit jamais altérer ni oublier ses principes.

 

Les événements du 11 Septembre ont infligé un traumatisme considérable à notre pays. La peur et la colère qu’ils ont provoquées sont compréhensibles, mais dans certains cas ces sentiments nous ont conduits à agir de manière contraire à nos traditions et à nos idéaux. Nous prenons maintenant des mesures concrètes pour rectifier cette situation. J’ai interdit sans équivoque l’usage de la torture par les États-Unis et j’ai ordonné la fermeture de la prison à Guantanamo Bay d’ici au début de l’année prochaine. L’Amérique va donc se défendre, dans le respect de la souveraineté des nations et de la primauté du droit. Et nous agirons en ce sens en partenariat avec les communautés musulmanes qui sont elles aussi menacées. Plus vite les extrémistes seront isolés et malvenus dans les communautés musulmanes, plus vite nous connaîtrons tous une sécurité accrue. La deuxième grande source de tension que nous devons aborder concerne la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe. Les liens solides qui unissent l’Amérique à Israël sont bien connus. Cette relation est immuable. Elle se fonde sur des liens culturels et historiques et sur la reconnaissance du fait que l’aspiration à un territoire juif est ancré dans un passé tragique indéniable. À travers le monde, le peuple juif a été persécuté pendant des siècles et l’antisémitisme en Europe a atteint son paroxysme avec un holocauste sans précédent. Demain, je me rendrai à Buchenwald, qui faisait partie d’un réseau de camps où des Juifs étaient réduits à l’esclavage, torturés, abattus et envoyés aux chambres à gaz par le troisième Reich. Six millions de Juifs ont été tués — soit un nombre supérieur à celui de toute la population juive d’Israël aujourd’hui. Il est injustifié, ignorant et odieux de nier ce fait. Il est profondément injuste de menacer Israël de destruction, ou répéter de vils stéréotypes sur les Juifs et cela ne sert qu’à évoquer dans l’esprit des Israéliens cette page la plus douloureuse de leur passé et à empêcher de prendre racine la paix à laquelle ont droit les habitants de cette région.

 

Ceci dit, il est également indéniable que le peuple palestinien, qui regroupe des musulmans et des chrétiens, a souffert en quête d’un territoire. Depuis plus de soixante ans, il connaît la douleur de la dislocation. Beaucoup attendent dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, à Gaza et dans des terres voisines de connaître une vie de paix et de sécurité à laquelle ils n’ont jamais eu le droit de goûter. Ils subissent au quotidien les humiliations - grandes et petites - qui accompagnent l’occupation. Il n’est pas permis d’en dou- ter : la situation du peuple palestinien est intolérable. L’Amérique ne tournera pas le dos à l’aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un État à lui. Depuis des dizaines d’années, une impasse persiste : deux peuples aux aspirations légitimes, chacun marqué par un passé douloureux qui rend un compromis insaisissable. Il est aisé de pointer un doigt accusateur : les Palestiniens peuvent attirer l’attention sur la dislocation consécutive à la fondation d’Israël, et les Israéliens peuvent dénoncer l’hostilité et les attaques dont le pays a de tout temps fait l’objet à l’intérieur même de ses frontières et par-delà. Mais si nous examinons ce conflit à travers le prisme de l’une ou de l’autre partie, nos œillères nous cacheront la vérité : la seule résolution consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres en créant deux États, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité. C’est dans l’intérêt d’Israël, dans l’intérêt de la Palestine, dans l’intérêt de l’Amérique, dans l’intérêt du monde. C’est pourquoi je compte personnellement poursuivre un tel aboutissement avec toute la patience et le dévouement qu’exige cette tâche. Les obligations qu’ont acceptées les parties en vertu de la Feuille de route sont claires. Pour que règne la paix, il est temps que les parties - et que nous tous -se montrent à la hauteur de leurs responsabilités.

 

Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacres n’aboutira pas. Les Noirs en Amérique ont souffert du fouet quand ils étaient esclaves et de l’humiliation de la ségrégation. Mais ce ne fut pas la violence qui leur a finalement permis d’obtenir l’égalité des droits dans son intégrité. Ce fut la persévérance ferme et pacifique pour les idéaux au cœur même de la création de l’Amérique. Cette même histoire peut être racontée par des peuples de l’Afrique du Sud à l’Asie du Sud ; de l’Europe de l’Est à l’Indonésie. C’est une histoire avec une simple vérité : la violence ne mène nulle part. Lancer des roquettes contre des enfants israéliens endormis ou tuer des vieilles femmes dans un autobus, n’est pas un signe de courage ni de force. Ce n’est pas de cette manière que l’on revendique l’autorité morale ; c’est ainsi qu’on l’abdique. Le moment est maintenant venu pour les Palestiniens de se concentrer sur ce qu’ils peuvent bâtir. L’Autorité palestinienne doit développer ses capacités de gouverner avec des institutions qui répondent aux besoins de son peuple. Hamas jouit du soutien de certains Palestiniens, mais il doit aussi reconnaître ses responsabilités. Il doit jouer un rôle pour réaliser les aspirations des Palestiniens et unir le peuple palestinien. Hamas doit mettre fin à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit à l’existence d’Israël. En même temps, Israël doit reconnaître que tout comme le droit à l’existence d’Israël ne peut être nié, il en est de même pour la Palestine. Les États-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes. Ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix. Le moment est venu pour que ces colonies cessent.

 

Israël doit aussi honorer ses obligations et assurer que les Palestiniens puissent vivre, travailler et développer leur société. Tout comme elle ravage les familles palestiniennes, la continuation de la crise humanitaire à Gaza ne sert pas à promouvoir la sécurité d’Israël, l’absence persistante de chances de réussite en Cisjordanie non plus. Des améliorations dans la vie de tous les jours du peuple palestinien doivent constituer une partie cruciale de la Feuille de route pour la paix. Enfin, les États arabes doivent reconnaître que l’initiative arabe de paix a été un début important, mais non la fin de leurs responsabilités. Le conflit israélo-arabe ne devrait plus être utilisé pour distraire les populations des États arabes des autres problèmes. Il doit au contraire servir de raison pour aider les populations palestiniennes à développer les institutions qui permettront d’asseoir leur État ; à reconnaître la légitimité d’Israël et à opter pour le progrès au lieu de se polariser de manière autodestructive sur le passé. L’Amérique alignera ses politiques avec ceux qui veulent la paix. Nous dirons en public ce que nous dirons en privé aux Israéliens, aux Palestiniens et aux Arabes. Nous ne pouvons pas imposer la paix. Mais en privé, de nombreux Musulmans reconnaissent qu’Israël ne disparaîtra pas ; de même, de nombreux Israéliens reconnaissent la nécessité d’un État palestinien. Le moment est venu de prendre une initiative, sur ce que tous savent être vrai. Trop de larmes ont coulé. Trop de sang a été versé. Nous avons tous la responsabilité d’œuvrer pour le jour où les mères d’Israéliens et de Palestiniens pourront voir leurs enfants grandir sans peur ; où la terre sainte de trois grandes religions sera ce lieu de paix que Dieu avait voulu ; où Jérusalem sera un lieu de résidence sûr et permanent pour les Juifs, les chrétiens et les musulmans et un lieu où tous les enfants d’Abraham pourront se côtoyer dans la paix comme dans l’histoire d’Israh, - comme dans l’histoire d’Israh, de Moïse, de Jésus et de Mohammed (que la paix soit avec eux) unis dans la prière.

 

La troisième source de tension est nos intérêts en commun à l’égard des droits et des responsabilités des États concernant les armes nucléaires. Cette question a constitué une source de tension entre les États-Unis et la République islamique d’Iran. Pendant de nombreuses années, l’Iran s’est défini en partie par son opposition à mon pays et il existe en effet un passé tumultueux entre nos deux pays. En pleine guerre froide, les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu. Depuis la révolution islamique, l’Iran a joué un rôle dans la prise d’otages et dans des actes de violence à l’encontre des troupes et des civils américains. Cette histoire est bien connue. Plutôt que de rester emprisonné du passé, j’ai dit clairement au peuple et aux dirigeants iraniens que mon pays est prêt à aller de l’avant. La question qui se pose maintenant n’est pas de savoir à quoi l’Iran s’oppose, mais plutôt quel est l’avenir qu’il souhaite bâtir. Je comprends qu’il sera difficile de surmonter des décennies de méfiance, mais nous allons procéder avec courage, rectitude et fermeté. Il y aura de nombreux problèmes à examiner entre nos deux pays et nous sommes disposés à aller de l’avant sans conditions préalables, sur la base d’un respect mutuel. Mais il est clair pour tous ceux préoccupés par les armes nucléaires que nous sommes arrivés à un tournant décisif. Ce n’est pas simplement dans l’intérêt des États-Unis, c’est pour empêcher une course aux armes nucléaires susceptible d’entraîner cette région sur une voie extrêmement dangereuse. Je comprends ceux qui protestent contre le fait que certains pays possèdent des armes que d’autres ne possèdent pas. Aucun État ne devrait décider et choisir qui sont les pays à avoir des armes nucléaires. C’est pourquoi je réaffirme fermement l’engagement de l’Amérique à vouloir un monde dans lequel aucun pays ne possède d’armes nucléaires. Et chaque pays, y compris l’Iran, devrait avoir le droit d’avoir accès à l’énergie nucléaire pacifique s’il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. Cet engagement est au cœur du Traité et il doit être pris par tous ceux qui y souscrivent pleinement. J’espère que tous les pays de la région pourront partager cet objectif.

 

Le quatrième point je vais aborder est la démocratie. (Applaudissements)

 

Je sais - je sais qu'il y a eu une polémique, au cours des récentes années, au sujet de la promotion de la démocratie et qu'une grande partie de cette controverse est liée à la guerre en Irak. Par conséquent, permettez-moi de le dire clairement : aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre.

 

Toutefois, cela ne diminue pas mon engagement à l'égard des gouvernements qui reflètent la volonté du peuple. Chaque nation donne naissance à ce principe de sa propre manière, en fonction des traditions de son propre peuple. L'Amérique ne prétend pas savoir ce qui est le mieux pour tout et chacun, tout comme nous ne voudrions pas prétendre décider des résultats d'une élection pacifique. Mais j'ai la ferme conviction que tous les peuples aspirent à certaines choses : la possibilité de s'exprimer et d'avoir une voix dans la façon dont ils sont gouvernés ; la confiance en l'État de droit et l'application équitable de la justice ; un gouvernement qui est transparent et qui ne vole pas ce qui appartient à son peuple ; la liberté de vivre selon leur choix. Il ne s'agit pas simplement d'idéaux américains, il s'agit des droits de l'homme et c'est pourquoi nous les encouragerons dans le monde entier. (Applaudissements)

 

C'est vrai, il n'y a pas de route directe pour honorer cette promesse. Mais une chose est claire  les gouvernements qui défendent ces droits sont à terme plus stables, meilleurs et plus en sécurité. La suppression des idées ne réussit jamais à les éliminer. L'Amérique respecte la liberté d'expression de tous ceux, dans le monde entier, qui sont pacifiques et respectueux de la loi, même si nous ne sommes pas d'accord avec eux. Nous accueillerons tous les gouvernements élus pacifiques - à condition qu'ils gouvernent en respectant toutes leurs populations.

 

Ce point est important car il y a ceux qui encouragent la démocratie uniquement lorsqu'ils ne sont pas au pouvoir ; et une fois au pouvoir ils sont sans scrupules dans la suppression des droits d'autrui. (Applaudissements) Quel que soit là où il prend forme, le gouvernement du peuple et par le peuple est le seul étalon par lequel on mesure tous ceux qui sont au pouvoir : il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non la coercition ; il faut respecter les droits des minorités et participer, dans un esprit de tolérance et de compromis ; il faut mettre les intérêts du peuple et le déroulement légitime du processus politique avant ceux de son parti. Sans ces ingrédients, les élections ne créent pas une vraie démocratie à elles seules.

 

Un membre du public : Barack Obama, on vous aime !

 

Président Obama : Je vous remercie. (Applaudissements) Le cinquième point que nous allons aborder ensemble est celui de la liberté de religion.

 

L'Islam a une tradition de tolérance dont il est fier. Nous le constatons dans l'histoire de l'Andalousie et de Cordoue pendant l'Inquisition. Je l'ai constaté de première main pendant mon enfance en Indonésie, où des Chrétiens dévots pratiquaient ouvertement leur religion dans un pays à prépondérance musulmane. C'est cet esprit qu'il nous faut aujourd'hui. Les habitants de tous les pays doivent être libres de choisir et de vivre leur religion d'après leur conviction d'esprit, de coeur et d'âme. Cette tolérance est essentielle pour que la religion puisse s'épanouir, or elle est assaillie de plusieurs façons différentes.

 

Parmi certains musulmans, on constate que certains ont malheureusement tendance à mesurer leur propre croyance à l'aune du rejet des croyances d'autrui. Il faut soutenir la richesse de la diversité religieuse, que ce soit pour les Maronites au Liban ou les Coptes en Égypte . (Applaudissements) Et pour être francs, il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak.

 

La liberté de religion joue un rôle crucial pour permettre aux gens de vivre en harmonie. Nous devons toujours examiner les façons dont nous la protégeons. Aux États-Unis, par exemple, les musulmans ont plus de mal à s'acquitter de l'obligation religieuse de la zakat étant donné les règles relatives aux dons de bienfaisance. C'est pour cette raison que je suis résolu à oeuvrer avec les musulmans américains pour leur permettre de s'acquitter de la zakat.

 

De même, il importe que les pays occidentaux évitent d'empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu'une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.

 

De fait, la foi devrait nous unir. C'est pour cette raison que nous sommes en train de créer de nouveaux programmes de service communautaire en Amérique qui réunissent des chrétiens, des musulmans et des juifs. C'est également pour cette raison que nous nous réjouissons des initiatives telles que le dialogue interreligieux du roi Abdallah d'Arabie Saoudite et le leadership de la Turquie dans l'Alliance des civilisations. À travers le monde, nous pouvons transformer le dialogue en un service interreligieux de sorte que les ponts entre les êtres humains mènent à des actions en faveur de notre humanité commune, que ce soit pour lutter contre le paludisme en Afrique ou pour fournir des secours après une catastrophe naturelle.

 

La sixième question - la sixième question dont je veux parler porte sur les droits des femmes.

 

(Applaudissements) Je sais - je sais, et vous pouvez le voir d'après ce public - que cette question suscite un sain débat. Je rejette l'opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d'une façon ou d'une autre moins égale, mais j'ai la conviction qu'une femme que l'on prive d'éducation est privée d'égalité. (Applaudissements) Et ce n'est pas une coïncidence si les pays dans lesquels les femmes reçoivent une bonne éducation connaissent bien plus probablement la prospérité.

 

Je tiens à préciser une chose : les questions relatives à l'égalité des femmes ne sont absolument pas un sujet qui concerne uniquement l'Islam. En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l'égalité des femmes continue dans beaucoup d'aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.

 

Je suis convaincu que nos filles peuvent offrir une contribution à la société tout aussi importante que nos fils (Applaudissements)et que notre prospérité commune sera favorisée si nous utilisons les talents de toute l'humanité, hommes et femmes. Je ne crois pas que les femmes doivent faire les mêmes choix que les hommes pour assurer leur égalité, et je respecte celles qui choisissent de suivre un rôle traditionnel. Mais cela devrait être leur choix. C'est pour cela que les États-Unis oeuvreront en partenariat avec tout pays à majorité musulmane pour améliorer l'alphabétisation des filles. Nous aiderons aussi les jeunes femmes à faire la transition de l'école au monde du travail par l'intermédiaire du microfinancement qui permet aux gens de réaliser leurs rêves. (Applaudissements)

 

Finalement, je veux parler de notre intérêt commun à favoriser le développement et les opportunités économiques.

 

Je sais que pour beaucoup, la mondialisation présente des aspects contradictoires. Internet et la télévision peuvent transmettre dans les foyers des connaissances et des informations, mais également une sexualité vulgaire et une violence gratuite. Le commerce peut s'accompagner de nouvelles richesses et opportunités, mais aussi de grands bouleversements et de changements au niveau communautaire. Dans tous les pays, y compris en Amérique, ce changement provoque la peur. La peur que la modernité signifie la perte du contrôle de nos choix économiques, de nos décisions politiques et, il s'agit d'un élément encore plus important, de notre identité, c'est-à-dire des choses qui nous attachent à notre communauté, notre famille et notre foi.

 

Mais je sais aussi qu'on ne peut pas empêcher le progrès humain. Le développement et la tradition ne sont pas nécessairement contradictoires. Des pays comme le Japon et la Corée du Sud ont connu une prodigieuse croissance économique tout en conservant leur culture distincte. Il en va de même pour les progrès remarquables au sein de pays à majorité musulmane, de Kuala Lumpur à Dubaï. Par le passé et de nos jours, les communautés musulmanes ont été à la pointe de l'innovation et de l'éducation.

 

Ceci est important car aucune stratégie de développement ne peut se fonder uniquement sur ce que produit la terre et elle ne peut être durable si les jeunes n'ont pas de travail. De nombreux pays du Golfe se sont énormément enrichis grâce au pétrole et certains commencent à concentrer leurs ressources sur le développement plus large. Mais nous devons tous garder à l'esprit que l'éducation et l'innovation seront la monnaie d'échange du 21e siècle. (Applaudissements) Dans trop de communautés musulmanes, le sous-investissement en ces domaines persiste. J'attire l'attention sur cette réalité dans mon propre pays. Et à la différence du passé pendant lequel l'Amérique se concentrait sur le pétrole et le gaz, s'agissant de cette partie du monde, nous chercherons désormais à agir dans des domaines plus variés.

 

Dans le domaine de l'éducation, nous allons élargir les programmes d'échange et augmenter les bourses, comme celle qui a permis à mon père de venir en Amérique, (Applaudissements) tout en encourageant davantage d'Américains à étudier dans des communautés musulmanes. Nous offrirons à des étudiants musulmans prometteurs des stages aux États-Unis ; nous investirons dans l'enseignement en ligne destiné aux enseignants et aux enfants à travers le monde ; et nous créerons un nouveau réseau informatique qui permettra à un jeune du Kansas de communiquer instantanément avec un jeune du Caire.

 

Dans le domaine du développement économique, nous créerons un nouveau corps de volontaires des milieux d'affaires qui formeront des partenariats avec des homologues de pays à majorité musulmane. Je vais aussi accueillir un Sommet sur l'entrepreneuriat cette année pour trouver les moyens d'approfondir les liens entre les leaders du monde des affaires, les fondations et les entrepreneurs sociaux des États-Unis et des communautés musulmanes à travers le monde.

 

Dans le domaine des sciences et des technologies, nous établirons un nouveau fonds pour appuyer le développement technologique dans les pays à majorité musulmane et pour

 

aider à concrétiser commercialement des idées pour qu'elles créent des emplois. Nous ouvrirons des centres d'excellence scientifiques en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, et nous nommerons de nouveaux émissaires pour les sciences chargés de collaborer à des programmes qui mettront au point de nouvelles sources d'énergie, créeront des emplois verts, numériseront les registres et archives, purifieront l'eau et produiront de nouvelles cultures. Dans le domaine de la santé au niveau mondial, j'annonce aujourd'hui une nouvelle initiative avec l'Organisation de la conférence islamique pour éradiquer la polio et nous intensifierons nos partenariats avec des communautés musulmanes pour améliorer la santé maternelle et infantile.

 

Tout cela doit être accompli en partenariat. Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d'aider nos populations à améliorer leur vie.

 

Il ne sera pas facile de régler les questions dont je viens de parler. Mais nous avons la responsabilité de nous unir pour réaliser le monde auquel nous aspirons, un monde où les extrémistes ne menacent plus notre pays et où les soldats américains sont rentrés chez eux, un monde où les Palestiniens et les Israéliens vivent chacun en sécurité dans un État qui leur est propre et où l'énergie nucléaire est utilisée à des fins pacifiques, un monde où les gouvernements servent les intérêts de leurs citoyens et où les droits de tous les enfants de Dieu sont respectés. Tel est le monde auquel nous aspirons et nous n'y parviendrons qu'ensemble.

 

Je sais qu'un grand nombre de gens - musulmans et non musulmans - se demandent si nous arriverons vraiment à prendre ce nouveau départ. Certains veulent attiser les flammes de la division et entraver le progrès. Certains suggèrent que ça ne vaut pas la peine ; ils avancent qu'il y aura fatalement des désaccords et que les civilisations finissent toujours par s'affronter. Beaucoup plus ont tout simplement des doutes. Il y a tellement de peur, tellement de méfiance qui se sont accumulées avec les ans. Mais si nous choisissons de nous laisser enchaîner par le passé, nous n'irons jamais de l'avant. [ Je veux particulièrement le déclarer aux jeunes de toutes les fois et de tous les pays, plus que quiconque, vous avez la possibilité de ré-imaginer le monde, de refaire le monde.

 

Nous partageons tous cette planète pendant un court instant. À nous de décider si nous passons ce temps à nous concentrer sur ce qui nous sépare ou si nous nous engageons à faire ce qu'il faut - de façon soutenue - pour trouver un terrain d'entente, pour nous concentrer sur l'avenir que nous désirons pour nos enfants, et pour respecter la dignité de tous les êtres humains.

 

Tout ceci n'est pas simple. Il est plus facile de se lancer dans une guerre que de faire la paix. Il est plus facile de blamer autrui que de s'examiner soi-même ; il est plus facile de voir ce qui nous distingue, plutôt que ce que nous avons en commun. Mais il faut choisir le bon chemin, et non le plus facile. Il y a une règle essentielle qui sous-tend toutes les religions : celle de traiter les autres comme nous aimerions être traités. Cette vérité transcende les nations et les peuples. C'est une croyance qui n'est pas nouvelle, qui n'est ni noire ni blanche ni basanée, qui n'est ni chrétienne ni musulmane ni juive. C'est une foi qui a animé le berceau de la civilisation et qui bat encore dans le coeur de milliards d'êtres humains. C'est la foi dans autrui et c'est ce qui m'a mené ici aujourd'hui.

 

Nous avons le pouvoir de construire le monde auquel nous aspirons, mais seulement si nous avons le courage de prendre un nouveau départ, en gardant à l'esprit ce qui a été écrit.

 

Le Saint Coran nous dit: 'Ô hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez."

 

Le Talmud nous dit : " Toute la Torah a pour objectif de promouvoir la paix. "

 

La Bible nous dit : " Bienheureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu. "

 

Les habitants du monde peuvent cohabiter en paix. Nous savons que telle est la vision de Dieu. C'est maintenant notre tâche sur cette Terre. Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous. Je vous remercie. Je vous remercie. (Applaudissements)

 

 

Par La pensée de midi
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Mardi 2 juin 2009
Impliquez Vous Dès Maintenant dans le Concours Littéraire “une Mer de Mots” 

L
a Fondation Anna Lindh (FAL) et l’Institut Europeu de la Mediterrània (IEMed) ont le plaisir d’annoncer le lancement de la deuxième édition de la compétition littéraire “une mer de mots”. Ils encouragent la production d’histoires courtes faisant le portrait des différentes réalités de la région Euro Méditerranée du point de vue des jeunes qui y vivent, à travers l’organisation d’une compétition Euromed d’histoires courtes. Cette année, le thème est restaurer la confiance, le dialogue et la reconciliation dans les situations de crise et de conflits en lien avec les objectifs de l’initiative Restaurer la confiance, reconstruire les ponts lancés par la Fondation Anna Lindh en collaboration avec l’Alliance des Civilisations.
Les candidat(e)s doivent avoir moins de 30 ans, être résidents dans l’un des 43 pays de l’Union pour la Méditerranée , et écrire dans l'une des langues des pays de l’Union pour la Méditerranée. Les histories courtes doivent être soumises par email avant minuit (heure locale espagnole) le 20 juin 2009.
Pour plus d’information, merci de vous rendre sur le site de la compétition. Pour plus de renseignements, merci d’écrire à: concurso@iemed.org Joignez-vous maintenant à la compétition “une mer de mots” et devenez le ou la prochain(e) lauréat(e).
DATE LIMITE POUR LES NOMINATIONS AU PRIX EUROMED POUR LE DIALOGUE ENTRE LES CULTURES - 31 MAI 2009 

Get Involved Now in the Sea of Words Literary Contest
 
The Anna Lindh Foundation (ALF) and Institut Europeu de la Mediterrània (IEMed) have the pleasure to announce the launch of the Second Edition of the Sea of Words Literary Competition. They encourage the production of short stories that portray the different realities of the Euro-Mediterranean region from the point of view of the young people who live there, through the organisation of a Euro-Med short story competition. This year, the theme is restoring trust, dialogue and reconciliation in situations of crisis and conflicts in line with the objectives of the Restore Trust, Rebuild Bridges Initiative launched by the Anna Lindh Foundation in collaboration with the Alliance of Civilizations.
Applicants must be under 30 years of age and residents in one of the forty three countries of the Union for the Mediterranean , and write in one of the languages of the countries of the Union for the Mediterranean .
The short-stories should be submitted by e-mail before midnight (Spain Local Time) 20 June 2009. For more information, please visit the competition website. For further queries, please write to: concurso@iemed.org Join Now and Become the Next Winner of the Sea of Words Competition.

إشترك الآن في مسابقة "بحر من الكلمات" الأدبية السادة أعضاء الشبكة، تتشرف مؤسسة أناليند و المؤسسة الأوروبية للمتوسط بالإعلان عن الإصدار الثاني للمسابقة الأدبية "بحر من الكلمات". نحن نشجع إنتاج القصص القصيرة التي تصور الوقائع المختلفة للمنطقة الأورو-متوسطية من وجهة نظر الشباب الذي يسكن المنطقة و ذلك من خلال تنظيم مسابقة قصة قصيرة أورو-متوسطية. موضوع المسابقة هذا العام هو إعادة الثقة، الحوار و المصالحة في مواقف الأزمات و النزاع و التي تأتي في إطار مبادرة "إعادة الثقة و بناء الجسور" التي أطلقتها مؤسسة أنا ليند بالتعاون مع تحالف الحضارات. يجب ألا يتجاوز سن المتسابقين عن 30 عام شريطة أن يكون مقيماً في إحدى الـ 43 دولة الأعضاء في الإتحاد من أجل المتوسط و كذلك يجب أن تكون القصة مكتوبة في إحدى اللغات الرسمية في الدول المذكورة. ترسل القصص القصيرة على البريد الإلكتروني التالي (concurso@iemed.org) في موعد أقصاه 20 يونيو منتصف اليل بتوقيت أسبانيا المحلي. لمزيد من المعلومات يرجى زيارة الموقع الخاص بالمسابقة (متاح باللغات الإنجليزية، الفرنسية، الأسبانية و الكتلانية). إذا كان لديكم أية إستفسارات يرجى إرسالها على البريد الإلكتروني التالي: concurso@iemed.org أنضم الآن و كن الفائز بالجائزة لهذا العام. نشكركم على حسن تعاونكم. مؤسسة أنا ليند الموعد النهائى للترشيح الخاص بالجائزة الأورو-متوسطية للحوار بين الثقافات 31 مايو 2009
Par La pensée de midi
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Lundi 11 mai 2009

UN REVE TUNISIEN, par Mohamed Kacimi

Quand lʼavion de Paris, où il pleuvait, sʼest posé à Tunis, jʼai regardé le ciel bleu et je me suis dit « Quel beau pays ». Il y avait foule devant les guichets de la police des frontières. Un homme très distingué, en costume bleu et cravate rouge, est venu discrètement vers moi :

- Non, Monsieur Kacimi, vous êtes lʼinvité officiel de la foire internationale du Livre à Tunis, vous nʼallez pas faire la queue comme tout le monde, suivez-moi.

Il a pris mon passeport. Les policiers mʼont fait de loin un sourire. Je me suis dit :

- Quelle classe cette police tunisienne, ça se voit que je ne suis pas au Terminal 3 de Roissy. Devant lʼaéroport mʼattendait une Laguna noire. Le chauffeur mʼa ouvert la portière arrière. Je me suis installé sur la banquette en cuir. La Laguna mʼa déposé devant lʼhôtel Africa un 5 étoiles. Jʼai eu la chambre 18/9 au 18ème étage. De la chambre vaste comme le salon au fond du lac de Rimbaud, je pouvais contempler la médina blanche et bleue de Tunis, voir au loin les ruines de Carthage et même sentir le parfum qui monte des terrasses incandescentes de Sidi Bou Saïd. Au milieu de la nuit, en prêtant bien lʼoreille, on peut même entendre la plume dʼoie de Flaubert raturer avec rage les manuscrits de Salammbô. J ʻai pensé alors à la chambre de lʼhôtel Aletti à Alger où je me trouvais la semaine dernière. Ce joyau de lʼarchitecture des années trente ressemble désormais à un café maure. Sur les murs décrépis de la chambre qui donne sur la mer, des cafards ventripotents et adipeux dansent jour et nuit sur la musique du Lac des Cygnes que diffusent depuis le 19 mars 1962 les hauts parleurs cacochymes du palace en déchéance.

Je me suis dit : Quels barbares ces Algériens.

A vingt heures, alors que je regardais ébahi de ma fenêtre le soleil se coucher sur des jasmins en rut, le téléphone a sonné :

- Monsieur Kacimi, le Ministère de la Culture, a le plaisir de vous informer que vous avez table ouverte dans tous les restaurants gastronomiques du Palace.
Jʼai passé la soirée à courir dʼun restaurant à lʼautre, hésitant entre Gambas flambés à la Veuve Clicquot et les langoustes impériales saisies à lʼanis selon la recette de Sfax, entre suprême de Mérou sur coulis dʼasperges et de morilles ; et médaillons de lotte nappés dʼun voile dʼabricots à la façon de St Augustin, avant de me rabattre sur un fondant au chocolat.

Je me suis souvenu alors de cette soirée à Salon de Provence où lʼon mʼavait offert, en guise de dîner, un morceau de pizza surgelée de chez Leader Price. Je me suis dit : quels mesquins ces Français ! Ces tables tristes en fin de soirées macabres où trône une bouteille de kir, un fond de vin blanc et des cacahuètes servies au compte-goutte dans un bol en plastique orné de motif chinois. Ce nʼest pas lʼanglais qui menace la culture française mais la misère…

Le lendemain, une charmante gazelle tunisienne mʼa apporté dans la chambre un déjeuner continental. En Tunisie, toutes les femmes sont appelées gazelles et les hommes des gazous.

En bon gazou, jʼai plongé dans la baignoire aussi vaste que mon appartement parisien. Et là je me suis souvenu de la douche froide à lʼAletti. Je mʼétais plaint de lʼabsence dʼeau chaude, le réceptionniste de lʼhôtel m'a répondu à l'algérienne :

- Mon frère, si tu tiens à prendre un bain, tu vas en face, il y a un hammam qui vient juste dʼouvrir, tiens je te paye même la séance. Il m'a lancé un billet de 500 dinars au visage.

Le soir, je suis sorti me promener avenue Bourguiba, ébahi par toutes ces jeunes filles en jeans et lunettes Prada, les cheveux au vent qui disent lʼimmense, que dis-je, lʼinfinie liberté des femmes tunisiennes.

Jʼétais aussi sidéré par les affiches collées sur les devantures des grandes librairies, avec ma photo en couleur et surtout la couverture de « lʼOrient après lʼamour » avec cette fameuse femme à poil, les jambes en lʼair quʼActes Sud mʼa refilé un jour, amoureusement et en douce, comme une MST.

Jʼai regardé la couverture et je me suis dit : quels ignorants ces algériens ! Je me suis souvenu que durant la foire du Livre à Alger au mois de septembre dernier lʼOrient après lʼamour avait été saisi par la police religieuse qui avait mis sous scellé également « la Bible pour Windows », avec cette étiquette « attention contient livre religieux de prosélytisme chrétien, dangereux, ne pas ouvrir ».

La voix douce de lʼhôtesse du Ministère de la Culture mʼa arraché de nouveau à mes rêveries :

- Monsieur Kacimi, une voiture vous attend pour vous faire découvrir Sidi Bou Saïd.

- Je connais, le café des nattes, le thé la menthe, les cendriers en cuivre !

- Non, Monsieur Kacimi, vous verrez Sidi Bou comme vous ne lʼavez jamais vu.

Je me suis enfoncé de nouveau sur la banquette arrière de la Laguna. Et pendant quʼelle filait vers la mer, je regardais les milliers de panneaux, affiches, banderoles, fresques, oriflammes, à lʼeffigie du président du pays et qui ornent la moindre parcelle du pays. La photo de Ben Ali couvre la Tunisie comme lʼherbe recouvre le pays de Caux et la pluie le pays de Bray. Il est partout en costume blanc, noir, les cheveux soigneusement ripolinés en laque majeure noire. Il a la main sur le coeur et il sourit. Des slogans en arabe classique commentent : « La Tunisie est heureuse avec toi, le peuple tunisien te suivra jusquʼau bout, ô bien aimé tu nous montres le droit chemin, avec toi jusquʼau bout. »

Jʼai eu une pensée émue pour ce type, pour son sourire, pour la sérénité quʼil inspire à ce pays si serein. Je me suis dit quʼheureusement la voiture nʼallait quʼà Sidi Bou, car si elle devait mʼemmener jusquʼà Sfax ou Gafsa, jʼaurais pris ma carte du RCD au bout du périple. La baie de Sidibou est lʼun des plus beaux endroits de la planète. Il tombe du ciel une lumière indigo qui vous pénètre jusquʼà lʼos. Le café des nattes, toujours bourré à craquer, fait penser au ferry Boat du vieux Port que les Marseillais appellent affectueusement le « promène couillons ».

Dans les rues blanches et inondées de bougainvilliers, des policiers vêtus de bleu aussi, font des cartons sur les chats dont la cervelle explose sur les murs fraîchement passés à la chaux. Jʼappelle un ami qui habite la sublime bourgade et qui mʼapprend quʼil y a une semaine, un chat de gouttière sʼest glissé dans les cuisines du palais présidentiel à Sidi Bou et se serait sauvé avec un gigot dʼagneau. Ordre a été donné de faire disparaître de la carte locale tous les représentants de la race canine. Mon ami mʼa assuré quʼil a surpris dans son jardin un flic qui visait sa chatte siamoise, à peine âgée de 23 jours. Il a voulu la sauver mais le policier lui a répondu en le visant à la tête :

- Cʼest vous ou le chatte, choisissez !

Mon ami mʼa confié qu'il a longuement réfléchi avant de donner sa réponse.

Une odeur de jasmin embaume les hauteurs. Des cars « Nouvelles frontières » lâchent des grappes de touristes venus de Dordogne. Ils se ruent sur les tables des marchands ambulants. Chaque femme dit à son homme : « Nʼoublie pas, avec les Arabes tu divises toujours le prix par deux, il te dit 10 tu dis cinq ». 5 minutes plus tard, 500 touristes remontent dans 10 bus, ils ont tous à la main le même cendrier bleu et blanc payé, après marchandage, à 5 euros.

Mon chauffeur mʼa déposé à lʼAfrica. Sans doute angoissé par tant dʼallégresse, jʼai cherché à avoir des nouvelles du monde. Jʼai tapé le site de Libé, mais je suis tombé sur ce message, Not Found. Idem pour les autres publications de gauche, de Marianne à Bakchich. Quand aux quotidiens algériens, le serveur vous avise quʼil sʼagit dʼune erreur 404. Fidèle à la tradition et à lʼauthenticité, comme on dit, la Tunisie a innové en faisant faire à tous les mails le parcours que faisaient les cartes postales d'antan. Quand vous envoyez un mail de Tunis le lundi, il ne sera déposé dans la boîte de votre correspondant à Paris que le vendredi ou le samedi, cela dépend du travail au centre de tri des mails à Tunis et des heures de passage du facteur. Bientôt il y aura les cachets de la poste centrale sur les mails partis depuis le pays des jasmins et on achètera même des timbres à lʼeffigie du leader avant dʼaller sur MSN.

Je me suis rabattu alors sur la presse tunisienne. Un orgasme à lʼétat pur. A chaque page la photo du leader ou de sa femme souriants. Les titres sont édifiants : Sérénité, joie, allégresse, enthousiasme. La presse tunisienne a pour rédacteur en chef Boris Cyrulnik.

Je dois faire ma signature dans une heure à la foire du Livre. Jʼai sorti ma plus belle chemise, ma cravate, jʼai ciré mes chaussures et au moment de quitter la chambre je me suis aperçu que jʼavais perdu tout mon argent. Jʼai commencé à fouiller toute la chambre quand quelquʼun a frappé à la porte : cʼétait la gazelle !

- Monsieur, vous avez fait tomber votre argent sous le lit. Jʼai ramassé les sous. Je vous ai rangé les 326 euros dans le tiroir droit du lit.

Là, je me suis dit, je prends la nationalité tunisienne, jʼépouse la gazelle du 18ème étage, on fonde un foyer dans la 18/ 9 et pendant quʼelle fera les lits des chambres voisines, moi, jʼinventerai des slogans poétiques pour le Leader : A toi pour toujours. A La vie à la mort. Et pour sa prochaine candidature à un cinquième septennat, je lui proposerai le très lacanien : Encore ! dont le point dʼexclamation recouvrira toute la façade de lʼhôtel Africa.

Le téléphone a sonné :

- Monsieur Kacimi, on vous demande à la réception.

Dans le grand hall, empli de femmes de Dubaï, tout de noir vêtues, mʼattendait le fonctionnaire très distingué en costume bleu et cravate rouge. Il ma tendu un fax :

- Lisez-moi cela à voix basse sʼil vous plaît.

Jʼai lu cet extrait souligné en rouge « Grâce à Ben Ali, la Tunisie est aujourdʼhui un vaste goulag où des millions de blaireaux bronzent à 150 euros la semaine en formule all inclusive. Un goulag dont les miradors sont cachés par des sacs FRAM et des serviettes de plage ».

Je me suis écrié, scandalisé : mais qui est le couillon qui a écrit ça ?

Le fonctionnaire souriait jaune :

- Cʼest vous, Monsieur, dans « lʼOrient après lʼamour ». Et cʼest aussi sur le site de

La pensée

de Midi.

 

Pour changer vite de conversation, jʼai dit :

- Ah, je dois appeler le chauffeur pour aller à la foire.

- Il n' y a plus de voiture, Monsieur.

- Mais jʼai la signature de mon livre à 16 heures.

- Il n y a plus de littérature, Monsieur.

- Et le colloque, demain?

- Il n'y a plus de théâtre, Monsieur.

- Excusez-moi, je vais remonter dans ma chambre pour me reposer un peu.

- Impossible, il n' y aura plus jamais pour vous de repos ici, Monsieur.

Vol TunisParis,

AF 1425. 14h40. Le 29 avril 09

Par La pensée de midi
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Mardi 21 avril 2009


Chaîne interactive diffusée sur Internet (web / podcast / iphone), mativi-marseille.fr vient récemment d'être lancée. Elle propose des reportages sur différents thèmes en liaison avec la vie culturelle, économique, écologique, etc. de Marseille et sa région. Les thématiques proposées sont : "En avant vers 2013", "Qué sa quo ?", "Au sud de l'art", "Méditerranées", "Quotidien durable", "11 villages". Leur crédo : "Marseille en direct aux quatre coins du monde".
Les reportages sont courts (autour de 3 minutes en moyenne), en visionnage libre. Chaque semaine trois ou quatre sujets s'ajoutent à la liste de l'ensemble des reportages qui resteront en accès libre plusieurs années. Un abonnement gratuit permet de recevoir une lettre hebdomadaire d'information sur les nouveaux reportages mis en ligne.
Ce principe de chaîne interactive existait déjà à La Rochelle. Mativi.fr s'y est développé avec succès au-delà de toutes les attentes de la part de ses producteurs (1 400 000 visionnages en 18 mois), les incitant à renouveler l'expérience : après Marseille, portée par l'équipe des Films du Soleil, une chaîne sera ouverte à Toulouse. L'initiative intéresse également une ville canadienne, et peut-être d'ici peu, Paris aura également sa chaîne "mativi".

Pour visionner cette chaîne : 
http://mativi-marseille.fr




Par La pensée de midi
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Vendredi 13 mars 2009
Il y a des hommes qui sont comme des tourbillons.
Des hommes qui, à eux seuls, déterminent un climat. On entend parler d’eux de loin lorsqu’on arrive dans une région, comme si l’atmosphère, du moins l’atmosphère intellectuelle, était chargée par leur influence. C’est de cette façon que j’entendis parler de Bruno Etienne lorsque j’arrivais à 17 ans à Aix-en-Provence, fraîchement inscrit en faculté de droit et en faculté de lettre. J’entendis parler de lui comme l’écho lointain d’un orage. Certains de mes camarades, qu’ils soient inscrits à Sciences Po ou non, suivaient ses cours. Parmi eux, il y avait surtout des admirateurs éblouis, mais il y en avait aussi d’autres plus critiques, et pourtant tous ne pouvaient rater un seul de ses cours magistraux.
La maïeutique pratiquée par Bruno Etienne dans les amphithéâtres était impressionnante. Il se mouvait le long de l’estrade, partait dans des développements éblouissants mêlant anthropologie comparative, phénoménologie, science politique, herméneutique, et soudain, brutalement, arrêtait sa course et prenait à partie l’assistance en général, ou même parfois un étudiant en particulier en le désignant du doigt, l’invectivant, et aussi, il faut le dire, en l’insultant. Mais lorsqu’il insultait, c’était avec une sorte de tendresse difficilement définissable qui s’exprimait enfin par un « ce n’est pas pour toi en particulier que je dis ça, c’est pour le principe ! ».  Cette prise à partie soudaine, qui pouvait tomber à n’importe quel moment, participait à électriser l’atmosphère. D’ailleurs Bruno n’était jamais vulgaire, parce qu’il n’était jamais commun, même s’il pouvait se permettre, comme il le proclamait lui-même, d’être « ordurier ».

La première fois que je me rendis à un de ses cours, en simple curieux comme la plupart d’entre nous, et non encore en étudiant régulièrement inscrit à l’IEP d’Aix-en-Provence, j’étais littéralement tétanisé par sa colossale présence. Impossible de résister à cette voix, à ces mouvements, à cette aventure intellectuelle. Sa seule existence entre les murs gris de l’université, au milieu des conflits scolastiques parfois ridicules, des stratégies de carrière des uns et des autres, redonnait de la noblesse à l’institution elle-même.
Il rendait la recherche en sciences sociales non seulement légitime, intéressante, attrayante mais surtout profondément désirable. Il faisait de la voie universitaire une aventure intellectuelle mais aussi un chemin de transformation spirituelle, une métanoïa, non une simple discipline que l’on pratique professionnellement et qu’on laisse de côté une fois rentré à la maison. La connaissance doit transformer l’homme, non seulement l’homme en général mais l’homme en particulier, chacun d’entre nous ; c’est ainsi qu’il proclamait haut et fort – c’est un euphémisme ! – : « La science politique est une ascèse et une herméneutique ». Cette façon de considérer la science politique elle-même comme une science initiatique lui venait sans doute en partie de son parcours maçonnique ainsi que de son parcours dans la voie du Shito Ryu, lui qui était le disciple du maître Mabuni, successeur de cette lignée du karaté do, dont il ne ratait aucun stage que ce soit en Europe ou au Japon.
       
Protestant, Bruno l’était resté dans le sens même de protestation, dans le sens de la défense de toutes les minorités, et en particulier des minorités religieuses. De l’islam d’abord, et bien entendu des minorités musulmanes en France et en Europe. Il fut un des premiers à montrer que l’islamisme radical n’est pas une fatalité musulmane, mais le produit d’un certain rapport à la modernité. Il fut un des premiers à montrer que les minorités arabo-musulmanes, déclassées pendant des années, reléguées dans des périphéries urbaines, ne sont pas moins « françaises » que les autres, non seulement juridiquement mais culturellement. Mais son intérêt pour les minorités ne s’est pas arrêté là. Il fut le défenseur des langues régionales face à l’hégémonie du « centre françois ».
Il fut aussi très attentif au développement des Nouveaux Mouvements Religieux, manifestation de profondes  transformations sociales et culturelles ; il critiqua fréquemment à cette occasion le manque de discernement et de perspective de la politique de sectarisation à la française, politique qu’il considérait comme discriminatoire.
Vers la fin des années 80 il commença aussi à s’intéresser très sérieusement au bouddhisme, alors même qu’il dirigeait ma thèse sur l’occidentalisation de cette religion. Nous finîmes par écrire ensemble un livre sur cette question. Il était fascinant de mener avec lui l’enquête qui conduisit à l’écriture de cet ouvrage. Il se comportait avec les interviewés comme avec des étudiants, utilisant son habituelle maïeutique mêlant extrême empathie et colères soudaines. Si bien que nous obtenions grâce à cette méthodologie non-ordinaire les informations les plus précieuses, parfois les plus intimes, qu’il aurait fallu des années à extraire avec une méthode plus conventionnelle.
Bruno Etienne était  aussi un Franc-Maçon engagé, non pas engagé politiquement en tant que Franc-Maçon, mais engagé spirituellement, considérant la maçonnerie comme une voie d’accomplissement intérieur et non comme  un club politique. Un Franc-Maçon qui s’est battu au sein même des loges et de son obédience, le Grand Orient de France, contre les « dérives clubistes » ainsi qu’il les désignait avec ironie. Bruno a toujours été un combattant, une sorte d’éternel guerrier intellectuel et moral, engagé frontalement, en première ligne, de tout son corps.

L’annonce de la mort de ce colosse physique et moral m’a paru tout d’abord surréaliste, presque impossible, en tout cas inimaginable. Ceux qui l’ont connu me comprendront. En sa présence, même les objets semblaient prendre vie, alors comment lui, cette puissance, ce tourbillon, pouvait-il s’arrêter ? Difficile de réaliser qu’il ne sera plus là en chair et en os, même si, effectivement, son œuvre continuera à parler pour lui. Il est certain, en tout cas, que je ne serai pas universitaire s’il n’avait pas lui-même été là pour me tendre la main ; il est certain que l’Observatoire du religieux n’existerait pas, que le Master Religion et Société n’existerait pas non plus ! Ce court texte est une manière de lui rendre un dernier hommage, peut-être aussi de lui parler, de l’accompagner, de projeter mes pensées une dernière fois vers lui par delà la mort.   

Raphaël Liogier


Par La pensée de midi
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Lundi 9 mars 2009

Notre ami Bruno Etienne, membre fondateur de la revue La pensée de midi, nous a quitté. Cette perte est irréparable, mais comme le disait si justement René Char, son « héritage n’est précédé d’aucun testament. »… Il est pour nous toujours là, grenade entrouverte qui ne cesse de disperser des éclats de vie et de sens.


Bruno Etienne,

  De la « grenade entrouverte » à la grenade dégoupillée !

 AFP/GERARD JULIEN

Il faut y mordre à pleines dents, laisser le jus perler lentement et avaler chaque grain, pour goûter tout le suc de cette « grenade entrouverte »… C’est ainsi que dès sa parution, en 1999, j’avais écrit quelques mots sur la biographie intellectuelle de Bruno Etienne qui avait choisi ce titre en hommage au grand poète provençal Théodore Aubanel. 

Depuis, j’ai eu l’immense plaisir de mieux connaître Bruno Etienne et de me rendre compte que cette grenade entrouverte était une véritable grenade dégoupillée !


Bruno est un homme de Provence et sa référence à Aubanel n’est pas simplement de circonstance. J’ai eu l’occasion de le découvrir dès nos discussions à Pontevès, chez son frère, à propos de la création de la revue La pensée de midi. Il a en effet été associé à cette revue dès le lancement du premier numéro, « Provence-Méditerranée, les territoires de l’appartenance ». Ce trait d’union entre Provence et Méditerranée, il s’agissait de se donner les moyens de le penser ensemble, de lui donner vie et de lui donner sens.


Homme de Provence, Bruno l’est d’abord par sa langue à l’accent légendaire ! Il a toujours refusé de se laisser agréger au « centre françois » qui au nom du « Bon usage » gomme toutes les aspérités et les sonorités de la langue. Pas d’agrégation au troupeau mais bien au contraire une singularité affirmée et chantante. De l’écho, de la vivacité et parfois de la gouaille mais jamais de morgue, bien au contraire. Il y a dans le soleil de sa langue et dans le grain de sa voix la douceur de sa chère grenade. Lorsqu’il hausse le ton, et il a un vrai penchant pour le faire surtout devant un public, Bruno feint de se laisser emporter. Il n’a jamais oublié que, sur scène, la vie publique est un théâtre où il faut jouer son rôle et tenir son rang. Mais cette faconde est l’envers d’une véritable pudeur, d’une tendresse qui ne peut s’avouer et qui est pourtant là, à chaque instant. Le verbe haut en Provence est un masque qui tient volontiers les autres à distance. Il suffit de regarder Raimu et de l’écouter parler pour s’en rendre compte. Bruno aime cette langue provençale, son phrasé et sa musicalité qu’il ne veut perdre à aucun prix et qui lui donne sa singularité.


La Provence, oui, mais pas le provençalisme ou la pagnolade ! Ce que Bruno cherche à vivre, c’est une façon d’être au monde et avec les autres. Une véritable exigence de partager des valeurs, loin des convenances et des règles factices de la bienséance. La Provence de Bruno Etienne existe dans ses gestes les plus quotidiens, dans son sens de l’hospitalité et dans son amour pour la parole, la belle parole qui nous entraîne parfois plus loin que là où l’on voulait aller, mais tant pis, comment se priver d’un bon mot !


Sa Provence n’est jamais étriquée et encore moins identitaire. Elle s’ouvre sur le monde en général et sur le monde méditerranéen en particulier. Toute sa vie, il n’a pas cessé de faire des allers et des retours entre une rive et l’autre. Comme Jacques Berque, c’est un passeur d’entre les rives, un artisan du lien, du trait d’union, mais jamais dans la complaisance, qui n’est au fond qu’une forme souveraine de mépris. Ce lien, il tente de l’expliciter en profondeur, dans ce qui fait de l’entre deux un plein et non un vide. A rebours de tout orientalisme qui relègue l’Autre dans une différence imaginaire et irréductible, Bruno Etienne ne cesse de dire et d’écrire que « les Arabes sont des occidentaux ». 



Comme il l’écrit dans sa grenade « l’islam n’est pas une religion orientale puisque ses fondements sont bien la Bible et la pensée grecque- que les arabes et les juifs ont connue bien avant la chrétienté latine ». En ces temps de dénégation historique et de montée en puissance du face à face entre l’Europe et l’Islam, la pensée de Bruno Etienne est plus que jamais d’actualité.


Les grains de la grenade, assemblés et séparés, nous disent toute la complexité du monde méditerranéen. Coexistence aussi indispensable qu’explosive, fragmentation et cohésion dans le même temps… Chacun peut aller « pitter » dans la grenade, toute de connaissances multiples, que Bruno Etienne nous a donnée. Mais il faut faire bien attention, plus qu’entrouverte c’est une grenade dégoupillée qu’il nous a mise entre les mains !


Sa grenade est explosive en ce qu’elle appelle et suscite de nombreuses résistances.


Résistance à l’empire de l’argent, à ce que Bruno Etienne appelle le « nouveau Dieu Mamon » qui emporte tout sur son passage et qui gouverne chaque jour un peu plus nos existences. Que faire des autres grandes passions collectives ? Des exigences de la connaissance ou des échos de l’amour ? La hiérarchie des valeurs des sociétés occidentales est devenue absurde et Bruno Etienne ne cesse de nous rappeler à cette transmutation des valeurs dont nous pouvons toujours être maîtres plutôt que les serviteurs d’un capitalisme de plus en plus dévoreur de temps et d’espace…


Résistance à l’empire de la bêtise, notamment télévisée, qui accapare nos imaginaires et nous rend de plus en plus flasques ! C’est par une exigence renouvelée de pensée critique, à commencer dans l’éducation, que Bruno Etienne nous invite à rester debout, aux aguets. Ne pas consentir à l’ordre des choses et au monde tel qu’il est mais « être dans le bond ».

 

Résistance au temps du mépris, cet agent pollueur le plus dévastateur de ces vingt dernières années qui s’insinue partout jusqu’à trouver en nous un possible relais… Ce temps du mépris que nous avons diagnostiqué dans un des récents numéros de La pensée de midi dans lequel Bruno a, une fois encore, contribué. C’est le mépris de l’Autre, à travers notamment le discours civilisateur de la France hier dans ses colonies et aujourd’hui dans les marges de la République, qui conduit Bruno Etienne à tempêter ! La résistance au mépris passe par la langue, par le choix des mots pour ne pas stigmatiser l’Autre et lui donner toute sa place dans la Cité.


Résistance au nom d’une force spirituelle, d’un appel du mystère qui gouverne l’invisible et nous donne dans le visible un possible élan. Comment ne pas penser au superbe portrait d’Abdel Kader que Bruno a écrit dans un livre somme. Abd el Kader le combattant par les armes, et surtout le combattant par les armes de l’esprit. Puissance spirituelle et leçons de vie d’un compagnon qui a inspiré le regard et la sagesse de Bruno. Méditations en actes qui n’est en rien conversion mais convergence au sommet du « Grand Orient »…


Résistance au nom d’un imaginaire vivant, d’une capacité à instituer le monde et à redessiner l’ordre des choses. Bruno retrouve alors le soufisme et l’élan de « l’imagination créatrice » cher à Ibn Arabi. La raison n’est pas la seule source de connaissance, il est une connaissance visionnaire qu’il s’agit d’apprivoiser. Elle nous fait homme qui ne consent pas mais qui désire un autre horizon. L’art de pantailler, comme on le dit en Provence, est une invitation au voyage, un désir d’échappée belle qui nous permet de transfigurer le réel. Ce pantaillage est un éveil de la pensée, un désir d’ailleurs qui conjugue le gai savoir et le goût de la vie qui rythment la pensée de midi dont Bruno est un des piliers et une des figures les plus marquantes.


A travers sa propre résistance, ce que nous donne Bruno Etienne c’est un élan, la volonté d’aller plus loin, de franchir le monde. Sa méthode pour cela est de penser par soi-même, d’aller au-delà de ce qui est convenu pour se mettre à la recherche de l’inconnu. N’est-ce pas cela avant tout la recherche, ne pas savoir ce qui advient mais se mettre en quête de ce qui pourrait advenir ?... Observer, avant de théoriser, se laisser surprendre et goûter l’improbable et l’incertain qu’un terrain peut révéler bien autant que des archives.


En pensant à l’œuvre de Bruno Etienne, je suis tombé récemment sur cette phrase de Marcel Mauss, dans Sociologie et anthropologie, qui s’applique fort bien à sa démarche de chercheur et de professeur : « Quand une science fait des progrès, elle ne les fait jamais dans le sens du concret, et toujours dans le sens de l’inconnu. Or l’inconnu se trouve aux frontières des sciences, là où les professeurs se mangent entre eux ! »


Bruno Etienne, une grenade entrouverte qui, je le disais en commençant, est une grenade dégoupillée ! Mais ce ne sont pas des éclats de mort qu’il fait surgir, ce sont des éclats de vie, de pensée et de sens… Merci à toi Bruno pour cet héritage qui, comme l’écrivait si justement notre allié René Char, « n’est précédé d’aucun testament ».



Thierry Fabre*




*Rédacteur en chef de la revue La pensée de midi

Texte écrit à l’occasion de l’hommage rendu à Bruno Etienne par l’IEP d’Aix en 2008, à paraître en 2009





Nous vous invitons à réécouter l'émission de radio de La pensée de midi, Au rendez-vous de midi, enregistrée en octobre 2007 avec Bruno Etienne :
AU RENDEZ-VOUS DE MIDI
La scène musicale à Istanbul/Nicolas Sarkozy et la Méditerranée.
Emission du 6 octobre 2007




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Mardi 24 février 2009

EN AVANT-PREMIERE SUR LE BLOG DE LA PENSEE DE MIDI, L'EDITORIAL  DU PROCHAIN NUMERO DE LA PENSEE DE MIDI, QUI PARAITRA EN LIBRAIRIE LE 4 MARS 2009, "L'IRAN, DERRIERE LE MIROIR".




Un rêve méditerranéen…
C’est toujours avec les utopies de la veille que se préparent les vérités du lendemain. Gabriel Audisio. Ce sont ces mots que l’ami Emile Temime, membre fondateur de La pensée de midi qui vient de nous quitter et qui nous laisse ainsi troués, avait choisi comme exergue de son livre, Un rêve méditerranéen .
Un beau livre d’histoire des idées, que j’avais eu l’honneur d’éditer, qui fait le lien entre l’utopie méditerranéenne des saint-simoniens, au xixe siècle – regard visionnaire qui voit dans la Méditerranée le lieu d’une possible réconciliation entre l’Orient et l’Occident – et la génération des années trente, autour des Cahiers du Sud, de Marseille et d’Alger, de Ballard, d’Audisio ou de Brauquier, de Guibert, d’Amrouche ou de Camus, génération qui tente de donner au rêve méditerranéen un peu plus que l’étoffe d’un songe… Toute une intensité littéraire et une vivacité intellectuelle naissent de ce rêve persistant, de ce refus de voir la guerre coloniale instaurer sa suprématie et imposer le mépris. Les “vraies richesses” sont là, selon le nom si juste de la librairie-maison d’édition d’Edmond Charlot, le premier éditeur d’Albert Camus. Une “Jeunesse de la Méditerranée” prend forme, une genèse d’un autre rapport au monde s’invente, alliage singulier entre les cultures que les déchirures politiques du Maghreb aux prises avec la contestation coloniale vont peu à peu défaire dans la violence. Emile Temime, en historien inspiré, raconte ce rêve méditerranéen toujours recommencé, qui va cependant se fracasser sur les âpres réalités de la guerre d’Algérie. La répression massive des “musulmans” algériens à Sétif en mai 1945 signe ce que Temime appelle “l’irréparable”.

Ce rêve méditerranéen restera-t-il sans lendemain ?

En vieux sage inspiré, Emile Temime, piéton de Marseille à l’air volontiers léonin, concluait ainsi son livre :
“Il faudra sans doute attendre bien des années pour que se réalisent les souhaits d’Audisio. Il faudra des années pour que puisse à nouveau être entreprise la grande réconciliation entre l’Orient et l’Occident, pour que se rouvrent librement aux hommes les routes terrestres ou maritimes, pour que s’abaissent enfin les barrières, matérielles et mentales, qui séparent les hommes, pour que se referment, comme l’avaient souhaité les intellectuels des années trente, les portes de la guerre, pour que la Méditerranée, enfin, s’éveille à une nouvelle jeunesse. Il me semble d’autant plus nécessaire de redire, encore et toujours, certaines vérités, de rejeter les falsifications de l’histoire, quels qu’en soient les auteurs, de refuser avec Audisio, « la bêtise monstrueuse », qui conduit à la mort.”

Les portes de la guerre sont à nouveau ouvertes aujourd’hui, le désir de confrontation entre l’Europe et l’Islam est là et bien là, la colère monte et les incompréhensions s’accumulent.

Le rêve méditerranéen pourrait se transformer en cauchemar si rien de significatif n’est entrepris. L’Union pour la Méditerranée, lancée en fanfare par Nicolas Sarkozy en juillet 2008 à Paris, et relancée en novembre 2008 à Marseille par une Conférence des ministres des Affaires étrangères, est-elle à la hauteur des enjeux et peut-elle répondre aux attentes et aux espoirs ? Il suffit de découvrir le texte insipide de la déclaration de Marseille pour s’en convaincre, le rêve méditerranéen a été peint en gris et recouvert de cendres. Il est bien difficile d’imaginer que quelque chose de significatif puisse naître à partir de là.

A quand un véritable sursaut pour inventer l’avenir, entre Europe et Méditerranée ?

Il est décidément plus nécessaire que jamais de lire et de relire Emile Temime, à la recherche d’un nouvel élan… 
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Mardi 10 février 2009


 

Une série de cinq reportages d'Anne Brunswic en Cisjordanie

Diffusion sur RSR dans l'émission "Un dromadaire sur l'épaule" à partir du lundi 9 février 14h-15h et en podcast pendant une semaine sur

 




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Mardi 6 janvier 2009
En ce début d'année, La pensée de midi
vous présente ses meilleurs voeux
et vous souhaite une belle année 2009 !






Ne manquez pas notre prochain rendez-vous avec la sortie en mars du n°27 de La pensée de midi : " L' Iran, derrière le miroir "  :

Deux stéréotypes nous donnent une image déformée de l’Iran d’aujourd’hui.
Tantôt, nous appréhendons ce pays à travers les déclarations menaçantes de ses clercs enturbannés et de ses dirigeants radicaux ; tantôt, à l’inverse, nous idéalisons cette société pour ses créations intellectuelles et artistiques dans un contexte difficile.
La réalité est beaucoup plus nuancée et contrastée.
À travers une série de portraits (du gardien de la révolution au chauffeur de taxi, de l’âyatollâh à l’animateur de quartier, du chef tribal au peintre contemporain, du cinéaste révolutionnaire au commerçant du bâzâr, du leader autonomiste turc au chef spirituel sunnite, du grand poète au musicien des rues, de la féministe à l’alpiniste, etc.), les meilleurs spécialistes de la société iranienne présentent une situation contradictoire et nous permettent de découvrir un Iran jusqu’ici méconnu, derrière le miroir.

Exceptionnel : inclus un port-folio de 15 photographies du grand photographe iranien Abbas (agence Magnum).

Avec des textes de Masserat Amir-Ebrahimi, Liliane Anjo, Alix Bombardier, Eric Boutroy, Christian Bromberger, Jean- François Colosimo, Agnès Devictor, Jean-Pierre Digard, Stéphane Dudoignon, Azita Hempartian, Bernard Hourcade, Nader Nasiri-Moghaddam, Gilles Riaux, Yann Richard, Mina Sa’ïdi-Shahruz, Mohiaddin Vatani, Ariane Zevaco.

Ce numéro a été coordonné par l’anthropologue Christian Bromberger, spécialiste du monde iranien depuis de nombreuses années, qui a dirigé pendant trois ans l’Institut français de recherche en Iran (2006-2008), le dernier Institut étranger encore présent en Iran à l’heure actuelle.

Le dossier sera suivi, comme d'habitude, des rubriques (le carnet d'Hubert Nyssen, la bibliothèque de midi, les musicales, questions d'images, en débat, carnet d'artiste, le temps des saveurs) et un inédit.
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Lundi 24 novembre 2008

Chers amis lecteurs, 


Ce message pour vous informer d'une bien triste nouvelle, la mort le 18 novembre dernier de l'ami Emile Temime. Il nous laisse ainsi troué par sa disparition, lui qui fut avec Jean Claude Izzo un des membres fondateurs de notre revue.

Nous sommes aux côtés de sa famille pour lui témoigner notre amitié et l'immense respect que nous devons à cette haute et belle figure d'intellectuel et d'historien inscrit dans la Cité.

Thierry Fabre

Rédacteur en chef de La pensée de midi


A écouter :

Il y a presque un an, Thierry Fabre enregistrait un passionnant entretien avec Emile Temime, autour de Gabriel Audisio.

AU RENDEZ VOUS DE MIDI
Emission du 1er décembre 2007
Entretien avec Emile Temime, historien, par Thierry Fabre, sur "Ulysse   ou l'intelligence" de Gabriel Audisio (Gallimard, 1946) (en deuxième partie d'émission).

Ecouter l'émission. 


A lire :

Un riche et bel hommage rendu à Emile Temime par Rue89 à Emile Temime : Disparition d'Emile Témime, historien des "migrances" par Rémi Leroux.


 A voir :

Un vibrant portrait d'Emile Temime : France3 Méditerranée, 7 minutes avec Emile Temime, en avril 2008.

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