Un rêve méditerranéen… par Thierry Fabre

Publié le par La pensée de midi


EN AVANT-PREMIERE SUR LE BLOG DE LA PENSEE DE MIDI, L'EDITORIAL  DU PROCHAIN NUMERO DE LA PENSEE DE MIDI, QUI PARAITRA EN LIBRAIRIE LE 4 MARS 2009, "L'IRAN, DERRIERE LE MIROIR".




Un rêve méditerranéen…
C’est toujours avec les utopies de la veille que se préparent les vérités du lendemain. Gabriel Audisio. Ce sont ces mots que l’ami Emile Temime, membre fondateur de La pensée de midi qui vient de nous quitter et qui nous laisse ainsi troués, avait choisi comme exergue de son livre, Un rêve méditerranéen .
Un beau livre d’histoire des idées, que j’avais eu l’honneur d’éditer, qui fait le lien entre l’utopie méditerranéenne des saint-simoniens, au xixe siècle – regard visionnaire qui voit dans la Méditerranée le lieu d’une possible réconciliation entre l’Orient et l’Occident – et la génération des années trente, autour des Cahiers du Sud, de Marseille et d’Alger, de Ballard, d’Audisio ou de Brauquier, de Guibert, d’Amrouche ou de Camus, génération qui tente de donner au rêve méditerranéen un peu plus que l’étoffe d’un songe… Toute une intensité littéraire et une vivacité intellectuelle naissent de ce rêve persistant, de ce refus de voir la guerre coloniale instaurer sa suprématie et imposer le mépris. Les “vraies richesses” sont là, selon le nom si juste de la librairie-maison d’édition d’Edmond Charlot, le premier éditeur d’Albert Camus. Une “Jeunesse de la Méditerranée” prend forme, une genèse d’un autre rapport au monde s’invente, alliage singulier entre les cultures que les déchirures politiques du Maghreb aux prises avec la contestation coloniale vont peu à peu défaire dans la violence. Emile Temime, en historien inspiré, raconte ce rêve méditerranéen toujours recommencé, qui va cependant se fracasser sur les âpres réalités de la guerre d’Algérie. La répression massive des “musulmans” algériens à Sétif en mai 1945 signe ce que Temime appelle “l’irréparable”.

Ce rêve méditerranéen restera-t-il sans lendemain ?

En vieux sage inspiré, Emile Temime, piéton de Marseille à l’air volontiers léonin, concluait ainsi son livre :
“Il faudra sans doute attendre bien des années pour que se réalisent les souhaits d’Audisio. Il faudra des années pour que puisse à nouveau être entreprise la grande réconciliation entre l’Orient et l’Occident, pour que se rouvrent librement aux hommes les routes terrestres ou maritimes, pour que s’abaissent enfin les barrières, matérielles et mentales, qui séparent les hommes, pour que se referment, comme l’avaient souhaité les intellectuels des années trente, les portes de la guerre, pour que la Méditerranée, enfin, s’éveille à une nouvelle jeunesse. Il me semble d’autant plus nécessaire de redire, encore et toujours, certaines vérités, de rejeter les falsifications de l’histoire, quels qu’en soient les auteurs, de refuser avec Audisio, « la bêtise monstrueuse », qui conduit à la mort.”

Les portes de la guerre sont à nouveau ouvertes aujourd’hui, le désir de confrontation entre l’Europe et l’Islam est là et bien là, la colère monte et les incompréhensions s’accumulent.

Le rêve méditerranéen pourrait se transformer en cauchemar si rien de significatif n’est entrepris. L’Union pour la Méditerranée, lancée en fanfare par Nicolas Sarkozy en juillet 2008 à Paris, et relancée en novembre 2008 à Marseille par une Conférence des ministres des Affaires étrangères, est-elle à la hauteur des enjeux et peut-elle répondre aux attentes et aux espoirs ? Il suffit de découvrir le texte insipide de la déclaration de Marseille pour s’en convaincre, le rêve méditerranéen a été peint en gris et recouvert de cendres. Il est bien difficile d’imaginer que quelque chose de significatif puisse naître à partir de là.

A quand un véritable sursaut pour inventer l’avenir, entre Europe et Méditerranée ?

Il est décidément plus nécessaire que jamais de lire et de relire Emile Temime, à la recherche d’un nouvel élan… 

Publié dans Billets d'humeur

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