Le mépris

Publié le par La pensée de midi



























Un dossier coordonné par Michel Guérin et Renaud Ego.
Parution : 5 mai 2008, La pensée de midi N° 24/25 (Actes Sud)
22 euros, 256 pages


Paul Ardenne / Catherine Chabert / Marcel Cohen / Jean Duvignaud / Renaud Ego / Bruno Etienne / Michel Guérin / Axel Honneth / Pierre-Damien Huyghe / Guillaume Le Blanc / David Le Breton / Bernard Noël / Hubert Nyssen / Bernard Stiegler


Sur un air du temps

Le mépris apparaît comme l’agent pollueur le plus dévastateur de ces vingt dernières années, et cela d’autant plus qu’il devient l’air que l’on respire, il s’insinue partout jusqu’à trouver en chacun de nous un possible relais. L’homme d’aujourd’hui n’a qu’une maxime de fonctionnement : il n’a pas le temps.
Le mépris est le fruit d’un manque cruel d’attention, d’autant plus effrayant qu’il ne relève pas d’une stratégie délibérée, mais d’une indifférence abyssale doublée d’une suffisance du “système” à se prétendre sans alternative. Personne ne peut rien faire pour personne – telle est la sinistre moralité de l’histoire.
La société du mépris n’est pas celle où des hommes en font souffrir d’autres volontairement, c’est celle où l’idée de fin est en voie d’oubli total et où la stricte logique des moyens s’applique sans limitation à tout et à tous.
Impossible de s’en satisfaire !
Le monde nous livre des encouragements. Il fait signe. Or, pour qu’il en vienne à faire sens, il importe qu’un désir, une volonté, un idéal, une avidité de belles images, une passion bien bâtie que l’argent n’est pas assez riche pour acheter ni raser, impose l’ordre du jour et demande la parole. C’est cette parole à plusieurs voix dont ce numéro se fait l’écho.
Ou comment sortir du temps du mépris…



Le mépris

SOMMAIRE

Editorial : La République du mépris et des arrogants experts, par Thierry Fabre


LE DOSSIER
Introduction au dossier : Sur un air du temps, par Michel Guérin et Renaud Ego

La fausse monnaie du mépris, par Jean Duvignaud
L’histoire d’un mot qui, au cours des siècles, n’a cessé d’animer les relations entre les hommes, à mesure qu’ils se différenciaient. Un des derniers textes de l’ami Jean Duvignaud, disparu en février 2007.

La fin d’un monde tragique, par Renaud Ego
L’humiliation sociale et la blessure charnelle, tels étaient les mobiles du roman Le Mépris d’Alberto Moravia. “Des sentiments classiques et désuets”, dira Godard, certes, mais qui sont ceux d’un monde dont la négation du tragique laisse la place à une société minée par l’indifférence.

Une ambition abjecte, par Michel Guérin
Le mépris est la perversion de l’ambition, une bassesse qui le prend de haut et ne révère que le résultat, ôtant toute valeur au geste et à l’acte proprement dits.

Le mépris, une affaire de détails, par Marcel Cohen
A partir de son expérience du monde de la marine marchande, l’auteur nous révèle combien le mépris n’est pas une simple dérive, mais bien la continuation de toute une histoire…

Le temps du mépris ou la légitimation de l’œuvre civilisatrice de la France, par Bruno Etienne
Comment justifier un processus de domination ? L’usage des mots de la colonisation.

Média mépris, par Bernard Noël
A l’égal de l’alcool ou des sucreries, pourquoi la consommation d’images télévisuelles n’affecterait-elle pas, elle aussi, notre organisme ?

L’époque du psychopouvoir… entre la honte et le mépris, par Bernard Stiegler
La captation actuelle de l’attention par des voies technologiques, dans des sociétés où règne l’empire de la télévision, s’organise en psychopouvoir qui détourne et finalement détruit toute attention.

Antigone sans voix, par Pierre-Damien Huyghe
Les sentiments sont aujourd’hui délaissés faute de supporter les valeurs du marché. Le contrat commercial aurait-il eu raison des relations désintéressées entre les hommes ?

Compter pour rien, par Renaud Ego
L’économisme libéral est fondé sur un principe radical qui impose, au mépris de toute autre valeur, les formes le plus souvent fictives ou dévaluées qu’y prend la liberté. Il consacre le règne solitaire et sans partage de l’intérêt individuel.

Le racisme comme distorsion de la perception. Des absurdités liées à l’exigence de tolérance, par Axel Honneth
Ni le “racisme” ni la “xénophobie” ne peuvent décrire correctement la motivation des attaques de jeunes contre des étrangers…

Sociabilité masculine des quartiers de grands ensembles : mépris et lutte pour la reconnaissance
, par David Le Breton

Pour nombre de jeunes qui se sentent méprisés, le déni de reconnaissance “retourne” le mépris – la lutte des classes s’effaçant devant la lutte pour la reconnaissance.

Soi-même comme un étranger, par Guillaume Le Blanc
Le sentiment d’être méprisé, plus encore qu’au déni de reconnaissance, renvoie à l’impossibilité de faire œuvre, c’est-à-dire d’agir avec les autres et d’appartenir ainsi à une vie plus vaste.

La féminité au mépris de la différence des sexes, par Catherine Chabert
En s’aidant de ces deux romans, La Princesse de Clèves de Mme de Lafayette et Une vieille maîtresse de Barbey d’Aurevilly, l’auteur recueille l’introuvable morale des plaisirs avec laquelle nous n’avons pas fini de nous débattre.

Représentations outrageuses (le mépris et ses images), par Paul Ardenne
Certaines formes extrêmes de l’art ou de la représentation s’en prennent à la dignité humaine et font complaisamment image de son désastre.

Avec le temps j’ai compris…, par Hubert Nyssen




LES RUBRIQUES

Le carnet d’Hubert Nyssen

La bibliothèque de midi (par Thierry Fabre, Charlotte Serrus, Gilles Suzanne, Pascal Krajewski, Emile Temime, Michel Guérin, Philippe Di Méo, Pierre Baumann)

Le Bec en l’air éditions
Yves Jeanmougin, Casablanca
Federico Fellini, Le livre de mes rêves
Roberto Saviano, Gomorra : dans l’empire de la Camorra
Dominique Gagneux, Alfred Kubin : souvenirs d’un pays à moitié oublié
Norton Cru, Lettres du Front et d’Amérique
Ernst Wiechert, Missa sine domine
Évelyne Patlagean, Un Moyen Age grec
Aldo Zargani, Pour violon seul, souvenirs d’enfance dans l’En-deçà
Patrick Beurard-Valdoye, Le narré des îles Schwitters
Michel Guérin, Pour saluer Rilke / Marcel Duchamp, portrait de l'anartiste / L'espace plastique.

Les musicales
La musique nous permet de “séjourner dans le particulier sans cependant s’y fixer”, par Catherine Peillon
La naïda casablancaise : un devenir artistique bien incertain, par Gilles Suzanne.
L’art de faire entendre son désir au Liban, par Elisabeth Cestor

Carnets d’artistes
Georges Guye, par Alain Paire

Questions d’images
Balade multimédia en Méditerranée, dernière étape provisoire : Istanbul, par Emmanuel Vergès

En débat
Feues les racines chrétiennes de l’Europe ? par Gilles Dorival
“France, fille aînée de l’Eglise” ? par Raphael Liogier

Le temps des saveurs
Mon ami Robert, par Pierre Giannetti
Pourquoi j'aime la poutargue, par Mayalen Zubillaga

Les inédits
Les Chérubins de la moquette, par Eléni Yannakaki




BIOGRAPHIES – LES AUTEURS DU DOSSIER

Jean Duvignaud Né en 1921 à La Rochelle, disparu en 2007, Jean Duvignaud était romancier (L’Or de la République, Le Singe patriote), sociologue (Pour entrer dans le XXe siècle, Fêtes et civilisations), anthropologue (Chebika), homme de revues (Contemporains avec Clara Malraux, Théâtre populaire avec Roland Barthes, Cause commune avec Georges Perec et Paul Virilio, Arguments avec Edgar Morin et Kostas Axelos, Internationale de l’imaginaire avec Chérif Khaznadar). A sa mort, Laurent Vidal écrivit dans Le Monde que Jean Duvignaud avait été le “généreux compagnon des plus belles aventures de la pensée et de l’art que la France et l’Europe ont connues au lendemain de la Seconde Guerre mondiale”. Son dernier opus, Le Jeu de l’oie, a paru en 2007.

Renaud Ego ll est l’auteur d’une œuvre ouverte au jeu des genres qui composent la littérature. On y trouve des récits, Tombeau de Jimi Hendrix (1996), plusieurs livres de poèmes, Le Désastre d’Eden (1995), Calendrier d’avant (2003), Le vide étant fait (2004), La réalité n’a rien à voir (le Castor astral, 2006) et des essais sur l’art et la littérature, parmi lesquels San (Adam Biro, 2000), S’il y a lieu (CRL Franche-Comté, 2000), L’arpent du poème dépasse l’année-lumière (Editions Jean-Michel Place, 2002). Il est par ailleurs l’auteur de très nombreux articles, consacrés en particulier à la littérature et à la peinture.

Michel Guérin Membre de l’Institut universitaire de France, professeur des universités (département des arts plastiques et des sciences de l’art, université de Provence), écrivain et philosophe. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages, il a notamment publié La Terreur (1990) et La Pitié (2000) chez Actes Sud. Dernières parutions : Marcel Duchamp : portrait de l’anartiste (Cie Editions, 2008), L’Espace plastique (la Part de l’œil, 2008), Pour saluer Rilke (Circé, 2008).

Marcel Cohen Outre ses entretiens avec le poète Edmond Jabès, Du désert au livre (Pierre Belfond, 1981), et ses ouvrages consacrés à des artistes ou écrits avec leur complicité (Pierre Buraglio, Gérard Thupinier, Antonio Saura), Marcel Cohen est l’auteur d’une œuvre qui s’est peu à peu éloignée de la fiction et a pris la forme de textes courts composant des ensembles ouverts, publiés aux Editions Gallimard : Miroirs (1981), Je ne sais pas le nom (1986), Le Grand Paon de nuit (1990), Assassinat d’un garde (1998). Approfondissant cette voie dans ses deux derniers livres Faits (lecture à l’usage des grands débutants) (2002) et Faits, II (2006), il s’est engagé dans une littérature presque documentaire. La pensée de midi a rendu compte de son dernier livre dans son numéro 22 et publié dans son numéro 5/6 sa Lettre à Antonio Saura consacrée à la disparition de la langue judéo-espagnole, le djudyo.

Bruno Etienne Professeur émérite des universités en sciences politiques, membre de l’Institut universitaire de France, il a publié une quinzaine d’ouvrages. Parmi les plus récents : Islam, les questions qui fâchent (Bayard, 2003), Les Combattants suicidaires, suivi des Amants de l’Apocalypse (Editions de l’Aube, 2005) et Le Retour du voyage en Orient, (Entrelacs, 2007).

Bernard Noël Reconnu comme l’un des plus grands poètes français, Bernard Noël est l’auteur d’une œuvre également composée de récits, de romans et d’essais consacrés aux peintres. Très soucieux des travestissements dont la langue est l’enjeu, il en avait violemment dénoncé les effets dans un récit, Le Château de Cêne, qui fit l’objet d’un procès retentissant en 1975 pour sa prétendue pornographie et qui est désormais considéré comme un classique. De L’Outrage aux mots à La Castration mentale et au Syndrome de Gramsci, nombre de ses livres sont traversés d’analyses portant sur les mécanismes contemporains de la privation de sens, qu’il appelle la “sensure”. Parmi ses poèmes, on peut lire en poche Extraits du corps et La Chute des temps (Poésie/Gallimard) ou, pour des livres plus récents, Lettres verticales (Editions Unes) et Le Reste du voyage (POL).

Bernard Stiegler Philosophe, il a publié de nombreux ouvrages dans le sillage de ses premières recherches théoriques sur La Technique et le Temps (1994, 1996, 2001) : en particulier De la misère symbolique et Mécréance et discrédit (2004), ou Constituer l’Europe (2005). Ces livres sont édités aux Editions Galilée. Dernier ouvrage paru : Economie de l'hypermatériel et psychopouvoir (Mille et Une Nuits, 2008).

Pierre-Damien Huyghe Philosophe, professeur à l’université de Paris I, où il enseigne l’esthétique, Pierre-Damien Huyghe est notamment l’auteur de Art et industrie (1999), Du commun (2002) et du Différend esthétique (2004) aux éditions Circé, ainsi que d’Éloge de l’aspect aux éditions MIX (2006). Il est aussi l’auteur d’ouvrages portant sur la thématique des appareils.

Axel Honneth Axel Honneth, né en 1949, philosophe et sociologue, est professeur à l’université Goethe de Francfort, où il a succédé à Jürgen Habermas. Il est directeur de l’Institut de recherche sociale, le fameux Institut für Sozialforschung. Ont été récemment traduits en français La Lutte pour la reconnaissance (Cerf, 2000) et La Société du mépris (La Découverte, 2006).

David Le Breton Professeur de sociologie à l’université Marc-Bloch de Strasbourg, membre de l’Institut universitaire de France, membre du laboratoire URA-CNRS Cultures et sociétés en Europe. Il est notamment l’auteur de En souffrance : adolescence et entrée dans la vie (Métailié, 2007), La Saveur du monde : une anthropologie des sens (Métailié, 2006), La Peau et la trace : sur les blessures de soi (Métailié, 2003), Anthropologie du corps et modernité (PUF, Quadrige, 1990 1re édition).

Guillaume Le Blanc Philosophe, écrivain, professeur de philosophie à l’université de Bordeaux, il est par ailleurs membre du comité de rédaction des revues Esprit et Le Passant ordinaire. Il a récemment publié Gagner sa vie est-ce la perdre ? (Gallimard, 2008), Vies ordinaires, vies précaires (le Seuil, 2007), Les Maladies de l’homme normal (Vrin, 2007).

Catherine Chabert Psychanalyste, membre de l'Association psychanalytique de France. Professeure de psychopathologie clinique à l'université Paris-Descartes, elle est l'auteure de nombreux articles et ouvrages de psychanalyse, dont Féminin mélancolique (PUF, 2003). Elle dirige la collection “Pychopathologie et psychanalyse” aux Editions Dunod et codirige avec Jean-Claude Rolland la revue Libres Cahiers pour la psychanalyse aux Editions In Press.

Paul Ardenne Il est l’auteur de plusieurs ouvrages ayant trait à l’esthétique actuelle : L’Art dans son moment politique (2000), L’Image Corps (2001), Un art contextuel (2002), Portraiturés (avec Elisabeth Nora, 2003), outre diverses monographies d’architectes, un essai sur l’urbanité contemporaine et deux romans. Dernières publications en date : Extrême – Esthétiques de la limite dépassée (Flammarion, 2006) et Images-Monde. De l’événement au documentaire (avec Régis Durand, Monografik, 2007).

Hubert Nyssen Fondateur des Editions Actes Sud et écrivain, il a notamment publié Les Voies de l’écriture (1969), Eléonore à Dresde (prix Valery Larbaud, 1983), Les Rois borgnes (prix de l’Académie française, 1985), Du texte au livre, les avatars du sens (1993) L’Italienne au rucher (grand prix de l’Académie française, 1995). En même temps qu’était réédité en poche Quand tu seras à Proust la guerre sera finie (Babel, 2008), son quatorzième roman a paru en février 2008 sous le titre Les Déchirements (Actes Sud/Leméac).








Publié dans Dernier numéro

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